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HABITER ? 2010...




Travail, Denis Lachaud

9 février 2012

Rencontre avec Rachid Khaldi et Ahmed Assal d'Espace Travail


Ça y est, les travaux commencent à Calmette. Ça commence en mars. Fafet ce sera en 2014. Par contre, impossible de se doucher pendant cinq jours quand ils feront les travaux.
Ça va puer.
Nous on demande de pouvoir se doucher dans les appartements témoins.


On a chaud maintenant, ils sont venus monter le chauffage.
Y’en a qui ont été se plaindre, “On a trop chaud, il y a trop de chauffage“, faut arrêter, on a trop chaud, on ouvre un peu la fenêtre.
Moi je préfère ça. La semaine dernière, il faisait sept dans ma cuisine.

 


Espace Travail, c’est une entreprise d’insertion avec un statut associatif.  On a deux activités : la peinture (en extérieur, en intérieur) et le nettoyage (du gros nettoyage en appartements, en débarras). A travers ces activités, notre objectif, c’est de mener vers un travail. On ne peut pas embaucher tout le monde. Il y a des priorités. Les soutiens de famille, les parents isolés… Ce sont des contrats d’insertion, des contrats de quatre mois renouvelables pendant deux ans au maximum, rémunérés au SMIC. La chargée d’insertion fait un bilan tous les mois avec la personne pour voir comment ça se passe. Quand Fadela Amara est venue sur Amiens, les gens d’ici ont râlé parce qu’il n’y avait rien sur Fafet-Brossolette. C’est à partir de là qu’on s’est installé dans le quartier. Notre activité ne s’arrête pas à faire travailler des gens sur nos chantiers. On aide aussi à orienter les gens qui cherchent un travail. Récemment on cherchait des plaquistes, des carreleurs. Dans le bâtiment, il y a du travail. Mais il y a un véritable problème de formation.
On a fait une étude sur Fafet-Brossolette-Calmette. On s’est aperçu que les gens qui vivent ici ne connaissaient que très peu les associations qui œuvrent chez eux. Il y a un problème de communication. Donc on a monté un partenariat avec les associations présentes. Il y a des associations qui travaillent pour la santé, le logement et nous pour le travail. Moi j’accueille des gens qui rencontrent des difficultés dans la recherche de travail. Il a fallu faire comprendre que je n’étais pas là pour chercher du travail à leur place. On se rencontre, on établit un profil professionnel. Ça fait un an. J’ai reçu une quarantaine de personnes. Il y en a pour lesquels on a trouvé des solutions. Quand les gens sont motivés…
Il y a un problème d’autonomie, de confiance en soi.
Les jeunes, on leur demande de se former. J’essaie de leur trouver une formation qualifiante rémunérée.
Quelles sont les perspectives d’emploi en ce moment ?
Très limitées. Des petits contrats. Des contrats à durée déterminée. En ce moment, c’est les CAE, Contrats d’Accès à l’Emploi. Il y a des CAE Passerelle, c’est fait pour les 16-25 ans. Le public visé c’est les jeunes qui ont rencontré des problèmes de scolarité. Ils sont pris à la mairie ou à l’hôpital, ça leur fait une expérience.
Et nous, à notre âge, on peut y aller ?
Non, les CAE Passerelle, c’est pour les jeunes, pour vous ce sera plutôt les CAE tout court. A la rigueur, on vous demandera de vous former dans un autre domaine.
Il n’y a pas d’âge pour se former. Il y a un âge ?
Non, il n’y a pas d’âge.
Toi tu es en recherche de travail ?
Oui.
Tu fais comment ?
Je vais sur le site du Pôle Emploi.
Vous savez, je fais la même chose. Je fais mes recherches sur le site du Pôle Emploi. Pour la formation, je vais sur le site du GRETA. On travaille en concertation avec le Pôle Emploi. On a un référent là-bas. On essaie aussi de recréer les liens avec les conseillers Pôle Emploi quand il y en a qui en ont déjà rencontré et pour qui ça ne s’est pas bien passé.
Tu as déjà fait une formation ?
Non, c’était le PAL. Le Projet d’Action Locale.
Vous avez un conseiller ?
Oui. Je ne la vois pas souvent.
Et quand vous voyez un poste qui vous intéresse ?
Je postule. Parfois j’ai un peu de mal à envoyer le CV et la lettre de motivation par mail.
Il y a aussi la possibilité de déposer le CV en ligne.
Tu n’avais pas un problème de garde d’enfants ?
Ça dépend des horaires. Il y a le centre aéré. C’est le matin qui me pose souci.


On en voit, des jeunes qui n’ont pas d’emploi. Ils veulent s’en sortir. C’est les propositions qui leur sont faites qui ne les intéressent pas forcément. Ils ne veulent pas prendre un contrat pour se retrouver dans la même situation deux ou trois mois plus tard.
Ils ne veulent pas quelque chose de précaire.
Ils sont exigeants.
Je ne connais pas grand monde qui veut prendre un boulot pour deux ou trois mois.
Ça fait une expérience.
Oui mais vous travaillez trois mois ici, trois mois là, vous arrivez devant un employeur, il va en penser quoi ? Et puis ce sont des échecs qui se répètent.
C’est décourageant.
Il faut foncer, de toute façon.
Ils essaient, pour la plupart. Ils ont souvent fait des contrats de professionnalisation.
Moi j’ai été prise pour six mois. Dieu merci j’ai été renouvelée. J’ai commencé comme ça. Ça m’a fait mon expérience.
Moi j’avais l’exemple de mes parents. Ils ont travaillé toute leur vie dans la même boîte. Quand j’étais à l’école, je ne me disais pas que j’allais chercher un travail pour six mois.
A la fin, quand on n’est pas embauché, c’est difficile. Surtout quand on y a cru.
“Vous avez bien travaillé mais on est désolé, on ne peut pas vous prendre.“
Plusieurs entreprises sont venues s’installer à Amiens en zone franche. Elles ont pris des jeunes. Mais quand elles perdent les avantages de la zone franche, elles ferment et elles repartent.
C’est pour combien de temps, ces avantages ?
Cinq ans, je crois.
Nous à l’Espace Travail, ce qu’on demande, c’est de la motivation. On peut prendre des gens en peinture, des gens qui ne sont pas formés mais motivés. On embauche en priorité des gens qui habitent Amiens Nord. On a six postes agréés par l’État en insertion. Quatre pour la peinture et deux en nettoyage. On a quatre encadrants techniques, des formateurs.
Moi je vous dis à bientôt.
Excusez-nous il faut qu’on y aille, il se passe des choses dehors. Il y a des jeunes qui ont explosé un local.

Denis Lachaud

 








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