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HABITER ? 2010...




Locataires, D Lachaud

 

12 janvier, rencontre avec Claude Chaidron, président de l’Amicale des locataires du quartier d’Etouvie


photo Sylvie Coren

Il y a longtemps que je n’étais pas venu rue du Dr Fafet, il y a beaucoup de logements murés, non ? C’étaient des beaux logements ?

Des beaux logements ? Vous verriez le mien, il est dans un état…

Ça c’est autre chose. Ils étaient spacieux ?

A Brossolette, il y a des grands appartements. C’est les plus grands qu’on démolit.


A Étouvie, on compte 2700 logements sur un kilomètre carré. L’Amicale des locataires existe depuis très longtemps. C’est une association loi de 1901, affiliée à une organisation nationale, la CNL (Confédération Nationale des Locataires). Elle a pour but de représenter et défendre les locataires d’Étouvie, quartier qui est classé en ZUS (Zone Urbaine Sensible), comme ici. Notre bailleur, c’est la SIP.
Le logement est une compétence qui relève de l’État. Pour ce qui est de l’amélioration de l’habitat, il y a l’ANRU (Agence Nationale de Renouvellement Urbain). L’ANRU, c’est bien, mais ça ne traite qu’une partie des problèmes : le bâti. Or dans un quartier, il y a des bâtiments et aussi des gens. Il manque le volet humain, social : la formation et l’insertion.
A Étouvie, on a eu des résultats. On a contribué à la mise en place d’une grille de vétusté ; depuis 2000 on se bat pour la sécurisation des coursives, pour que les cages d’escalier soient fermées ; on a obtenu un gardien pour les coursives sécurisées ; on a aussi demandé une vidéo-surveillance. Il y a des caméras au niveau de l’entrée, de l’escalier de secours et du local poubelles, où il y avait eu plusieurs incendies. C’est en place depuis un an. Ça marche bien. C’est dissuasif. Les jeunes qui faisaient leur trafic se sont déplacés.

Ils le font ailleurs.

Oui mais peu à peu s’il n’y a plus d’ailleurs, on verra ce qui se passera.

Ouais enfin la vidéo…

C’est quelque chose qui s’enregistre, qu’on ne regarde qu’en cas de problème. Ça s’efface automatiquement au bout de 48 heures. Il y a trente ans à Étouvie, tout le monde se connaissait, se saluait. Ça a disparu avec l’individualisme. Nous on aimerait que ça revienne. C’est notre objectif. Aujourd’hui, il faut en passer par des caméras pour se réapproprier le lieu. Il faut réapprendre. Le challenge c’est qu’Étouvie redevienne ce qu’il était il y a trente ans. On veut que quelqu’un qui cherche un logement ait envie de venir s’installer à Étouvie. La vidéo-surveillance nous a paru être une nécessité pour progresser dans ce sens.
Sinon, on s’est battu pour empêcher la destruction d’un bâtiment qui devait laisser place à une école. On a dit il y a un terrain en face, construisez l’école en face, c’est ce qui va être fait ; quand ils ont voulu détruire une tour, on a contacté le maire pour négocier et il s’est engagé en contrepartie à garantir le retour des commerces détruits avec la tour. On s’assure maintenant du respect des engagements pris ; on a créé un local (sous vidéo-protection) pour les deux-roues. Avant, les gens montaient dans l’ascenseur avec ; on va aussi récupérer les caves. Moi ça faisait sept ou huit ans que je n’avais plus de cave. Dès qu’un bâtiment sera réhabilité, il y aura un gardien, des caves, des caméras.
On a établi une charte de bon voisinage qui est signée par les locataires, l’Amicale et le bailleur. On sort aussi un bulletin, plus ou moins régulièrement.
Tout n’est pas fini. Il y a une galerie commerciale en bas, il faudra la sécuriser aussi mais ça dépasse le cadre de compétences de notre bailleur. On veut aussi faire supprimer les meubles containers à poubelles. On veut qu’ils soient enterrés mais on ne l’a pas encore obtenu de la mairie alors en attendant, on aura un local en rez de chaussée. L’environnement, c’est important.
Moi j’y vis depuis 45 ans. J’y suis bien.
Je vous engage à créer une Amicale des locataires, il faut que les locataires sont représentés lors des discussions.
Nous avons des difficultés avec Amiens Métropole. Ils prennent des décisions mais ce n’est pas eux qui vivent dans les logements, c’est vous, c’est nous. Ce qu’ils veulent mettre en place via l’agence Urbicus ne nous plaît pas alors on continue à se battre.

Ça ne sert à rien.

Il ne faut pas dire ça, nous sommes la preuve à Étouvie que ça sert à quelque chose.

Je ne sais pas.

Si on est attaché à son quartier, si on ne veut pas partir, si on veut faire bouger les choses, améliorer les choses…

Nous par exemple, on a une porte, la porte du bloc, qui n’est pas réparée depuis deux mois. On appelle l’OPAC, on rappelle, on envoie des mails mais rien ne bouge. Est-ce que, dans ce cas-là, l’Amicale intervient ?

Bien évidemment. Le travail de l’amicale, c’est d’abord de représenter les locataires.

Chez nous, dans notre quartier, les locataires parlent mais ils ne bougeront pas.

C’est vrai aussi sur Étouvie… Nous ne sommes qu’une vingtaine de bénévoles à l’Amicale. Mais nous représentons environ 85% des voix aux élections de locataire.

Ça représente beaucoup de travail ?

Oui, bien sûr. Nous assurons une permanence hebdomadaire dans un local que nous avons obtenu auprès de la SIP. Nous récupérons les doléances des locataires. Nous avons aussi une permanence à la mairie de quartier, deux fois par mois. C’est du travail. Par exemple, on a changé de prestataire pour le chauffage et 80% des réclamations concernent le chauffage. On a obtenu une réunion mensuelle avec la SIP et le nouveau prestataire pour améliorer les choses.

Si j’étais riche, je m’achèterais une maison et je partirais.
Ici on ne sait pas exactement ce qui va se faire en ce qui concerne les rénovations.

C’est pour ça que ce serait important de monter une association : pour vous assurer de ce qui va être fait, du type de chauffage que vous aurez par exemple, ou au niveau de l’isolation extérieure.

Ici il y a un problème de détritus jetés par la fenêtre.

On a connu ça à Étouvie. Il faut savoir que le nettoyage est à la charge des locataires. Chez nous ça fait partie de la charte signée. Ça se passe bien.

Au moins on ne pourra pas dire que c’est ma fille qui jette des détritus par la fenêtre, du lundi au dimanche ses volets sont fermés, je ne sais pas comment elle vit ma fille, moi j’aimerais qu’elle soit relogée au premier ou au deuxième, elle n’aurait pas de volets, elle aurait de la clarté.

Nous avec l’OPAC on n’a rien.

Moi ma baignoire était fissurée, j’y suis allée, à l’OPAC, j’ai hurlé, j’ai fait la folle, ils sont venus et ils me l’ont changée, j’y suis allée et j’ai fait un scandale, j’ai dit je pars par d’ici, j’ai hurlé. Allez je l’ouvre, l’association, on va la créer cette association.

La SIP fait plus de choses que l’OPAC.

C’est peut-être parce qu’il n’y a pas d’amicale. Si une association se crée, l’OPAC sera bien obligée d’en tenir compte. Une association, ça a plus de poids que des individus éparpillés.

Moi je suis contre.

Pourquoi ?

Dans ce quartier on ne peut rien faire. Mon frère est gardien remplaçant (le gardien s’est fait agresser), il nettoie, il y a des des gens qui disent qu’il ne fout rien, moi maintenant je prends des photos, partout où il nettoie je prends des photos, dès que les gens salissent je prends des photos, ici on ne peut rien faire, il y a des gens qui te mettent des bâtons dans les roues.

Une association, c’est un contre-pouvoir. A Etouvie, on a obligé Amiens-Métropole à revoir sa copie, ils voulaient détruire la moitié du bâtiment A, l’Amicale s’y est opposée, ils ont reculé, et l’avenue de Picardie qui est piétonne, ils voulaient rétablir la circulation automobile, ils ont reculé.

A Fafet il n’y a plus personne, tout le monde s’en va, créer une association avec qui ?

Il suffit d’être deux pour créer une association. Et c’est plus efficace sur un petit secteur donné qu’une grande association sur Amiens Nord. C’est un travail de terrain au plus près.

On va s’arrêter, c’est l’heure.

Merci monsieur, au revoir.

Tu raccompagnes le monsieur ? Il n’est pas très connu dans le quartier. Nous on est connus, il faut le raccompagner.









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