Le rap, ça prend la parole. Ça prend les mots, ça les pose sur la musique. Des mots parlés. Des mots qui veulent dire.
Le rappeur est du côté des mots. Plus que le chanteur. Le rappeur prend la parole. Il parle. Il aime les mots qui parlent, il aime que les mots aient du sens. Bien sûr, il les pose sur la musique, comme le chanteur, il leur donne un rythme, comme le chanteur, mais il ne chante pas. Il reste du côté de la parole. Le rappeur veut dire. Il ne chante pas, il parle.
Le rappeur est du côté du plaisir de dire, du côté du plaisir de choisir les mots qui sont les bons pour dire ce qu’il veut dire, du côté du plaisir de les prononcer en leur donnant un rythme. Et ça reste le plaisir de la parole. Il ne chante pas. Le rappeur a une parole. Il vit avec sa parole. Sa parole dit sa vie. Et aussi, sa parole est sa vie.
BLOC 5 - propos tenus
Bloc 5. On est déterminé, on fonce. On tombe tous les jours. On se relève. C’est les risques du métier. On apprend. On apprend quoi ? On apprend à se relever. Il faut tomber pour apprendre à se relever.
Habiter Fafet-Brossolette, c’est dur. C’est bien aussi. Ce putain de quartier… On est 100% unis. On est solidaires. C’est pas tous les jours rose. Bloc 5, c’est une bande d’amis à la base. On s’est connus à l’école. On traînait ensemble. Le rap, c’est venu après.
Tout le monde a des surnoms C’est la rue madame. C’est une protection.
Le rap c’est ma politique. Je m’exprime, je touche les gens. C’est le rap des opprimés. C’est la France d’en bas qui parle.
Ma vraie nature, c’est la pauvreté. La vie n’a pas fait de nous ce qu’on voulait devenir. Le monde nous a pourri la vue. C’est pour ça qu’on regarde de travers.
Bloc 5, on est déterminés. On sait ce qu’on a à faire. On est rôdé.
D’abord on s’occupe de la musique. Ensuite on se donne un thème. On écrit tous. Ça peut durer pendant quatre heures.
Moi, j’ai des problèmes. Je prends des décisions. J’ai une famille. Et derrière ma famille, j’ai mes aînés.
Moi à la base je suis plombier. J’ai un CAP de plomberie. Mais le bâtiment c’est pas fait pour moi. A l’école on m’a mal orienté. J’ai été là où on a voulu me diriger.
A l’école, s’ils avaient commencé par nous dire que l’Afrique s’est faite enculer par l’occident, nous on aurait fait des études.
Moi, je viens d’Afrique. Tout ce que je gagne, c’est pour du monde. Je peux pas me permettre de rigoler. Je suis fier, je suis fier de ma race mais pour trouver un travail, notre couleur joue encore.
Je croyais que la France c’était le paradis. Je suis venu en France. J’ai vu la zermi. Je me suis dit il faut que je reste dans la rue. Pas de papiers. Pas de famille. Rien.
On nous dit : Si t’aime pas la France, quitte la France. Mais on ne nous dit pas : Si tu aimes la France, viens en France. Non. Ça on ne nous le dit pas.
Si t’es un sans-papiers tu dois rester à ta place. Tolérance zéro comme dit le président. Faut tous les mettre au trou. Karcher j’ai dit. Immigré nettoie la France. Les touristes viendront prendre des photos.
Ils nous font chier avec leurs Grecs. Il y a une dette en Grèce. Mais on s’en bat les couilles ! Pendant ce temps-là, les Somaliens meurent de faim.
Sarkosy, c’est quoi son bilan ? Une Rolex, Carla Bruni… Sarko c’est mon modèle. Sa vie j’la kiffe. Mannequin, cigare…
Chacun a son code vestimentaire. Les aristocrates ils ont leur code vestimentaire. Nous on a le nôtre. Mettre 300 euro dans des baskets, ça se comprend. Comme on dit, la classe car le ghetto en a marre de la crasse. Si t’as le droit à du Gucci nous aussi on a le droit à du Gucci. Si t’as le droit à du Louis Vuitton nous aussi on a le droit à du Louis Vuitton.
La street, c’est mon premier amour. La rue, c’est une tata. Une tata qui n’a rien à voir avec Marianne. C’est Tata La Rue.
Comme on le répète souvent dans nos textes, comme on n’a pas d’autre choix, on fait ce qu’on peut pour s’en sortir. On n’est pas venus au monde pour regarder les oiseaux passer. Vous avez votre vie, on a la nôtre.
Tu es sage, toi. Tu es calme. Détrompe-toi. Je suis peut-être calme aujourd’hui, je suis un malade mental. C’est mon quotidien. Tu en as marre de la rue ? Pas forcément, mais si on peut connaître autre chose c’est pas mal.
La gentillesse, le respect, c’est réciproque.
Contrôle de police, présentez une pièce d’identité s’il vous plaît. Retirez les mains des poches.
La mairie d’Amiens, il faut qu’elle pense à la mixité de la ville.
Les keufs, ils cassent les couilles. Non ils cassent pas les couilles, ils cherchent. Ils cherchent. Faut pas qu’ils s’étonnent.
Les vieux ils aiment pas les jeunes parce que les jeunes ils vont vieillir et les vieux ils vont mourir. Moi je vais mourir jeune. J’aurais aimé être un papi, avoir des petits enfants. Mais j’aurai pas cette chance.
Souvent j’ai envie de pleurer. Je pleure et les larmes ne viennent pas.
Ici on peut se défendre. On a la parole. On peut crier, on peut parler.
Azende.
Texte écrit par Denis Lachaud après avoir côtoyé le groupe de rap Bloc 5 pendant le montage du film de Sylvie Coren, qui leur est consacré.