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Le journaliste... D Lachaud
 Le journaliste et le procureur
Dans le journal on peut lire que le quartier Nord d’Amiens a été le théâtre de violents incidents pendant l’été 2011. On peut lire, dans le journal, que les voitures ont brûlé, que les policiers ont reçu des pierres. “Sans raison apparente“ peut-on lire. Dans le journal, le journaliste qui couvre l’événement écrit que de violents incidents ont éclaté “sans raison apparente“. Dans le même journal, un autre journaliste rapporte les propos du procureur qui déclare “Nous avons été capables de nous mobiliser pour apporter une réponse judiciaire rapide mais, sur le fond du problème, j’avoue que je n’ai pas d’explication valable“. Le journaliste ne voit pas de raison apparente, le procureur n’a pas d’explication valable.
C’est à dire que la colère, la frustration et le désespoir hérités des aînés, ajoutés à la colère, à la frustration et au désespoir produits au quotidien par la vie à Fafet-Brossolette, ne sont pas des raisons apparentes. Il faudrait, pour que le journaliste et le procureur voient des raisons apparentes et des explications valables aux voitures qui brûlent et aux pierres qui volent, il faudrait que quelque chose se passe, que quelque chose d’extraordinaire se soit passé. On peut en déduire que, pour le journaliste qui écrit “sans raison apparente“ et pour le procureur qui n’a pas “d’explication valable“, cette colère, cette frustration et ce désespoir, ça n’a rien d’extraordinaire. C’est la normalité. Et comme c’est normal, cela ne devrait pas créer de problèmes.
C’est effrayant. Ça met en colère. C’est frustrant. Désespérant.
Denis Lachaud
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