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HABITER ? 2010...




Parole, Le Cardan


Iro-quoi ?

Une mère et son fils devant l'entrée de l'école.

L'enfant. - Mamam. Tu ne dis rien, t'entends pas ?
La mère. - ça n'a pas sonné, pas encore.
L'enfant. - Non le mot de l'homme - le mot qu'il a dit.
La mère. - Montre pas du doigt, je t'ai dit -
L'enfant. - C'est pas bien mais quand même, le mot son rire, t'entends pas ?
La mère. - ça peut gêner.
L'enfant. - Je sais.
La mère. - Agresser.
L'enfant. - Tu me l'as dit. Un temps. Ils veulent être invisibles ou quoi, les gens ? Mais ça le gêne pas de parler fort, qu'on l'entende résonner dans la cour. C'est nous qu'il ne voit pas ou il dirait pas ça. Ou c'est qu'il nous provoque. Je vais lui choper son fils et le cogner.
La mère. - Dis pas ça, ça va pas. Cognez qui ? Et pour faire quoi ? Le père c'est pas le fils et le fils -
L'enfant. - C'est pas la mère. mois je peux pas. Comme toi, rester là, rien dire. Il rit encore et les autres s'y mettent.
La mère. - Ils ne font pas de mal.
L'enfant. - On est arabe, nous.
La mère. - C'est une blague.
L'enfant. - C'est de nous qu'il rit.
La mère. - C'est ironique.
L'enfant. - Iro-quoi ?
La mère. - Ils disent pas ce qu'ils pensent.
L'enfant. - Y a trop d'arabes dans l'école. C'est ce qu'il a dit et s'il le dit c'est qu'il y a pensé.
La mère. - Ironique, ça veut dire qu'on le dit sans le penser.
Un temps
L'enfant. - Mais ça fait mal quand même.
La mère. - Parce que des fois d'autres le disent, le pensent et rient -
L'enfant. - C'est pas ça la bêtise, ce qu'on dit en riant sans réfléchir et qui fait mal à d'autres qui entendent ?
La mère. - L'ironie des fois ça ressemble à la bêtise. Et c'est pour ça que c'est drôle . Un temps On sent qu'on pourrait être bête. On se rattrape. L'ironie ça nous sauve. C'est des bêtises qu'on dit sans être bête. Et ça fait rire les autres autour, qui sont heureux d'être ironiques et pas bêtes.
L'enfant. - On n'a pas couru sur lui parce que c'était ironique, sa blague et son rire.
La mère. - Pourquoi tu dis ça, pourquoi tu veux -
L'enfant. - Je ne veux pas. Je sens. Qu'on pourrait s'il riait. S'il était bête et vraiment - qu'on lui aurait couru dessus pour lui faire sentir sa bêtise, toi et moi ensemble, qu'on l'aurait boxé.
La mère. - Oui. On aurait pu.
L'enfant. - Cest pour ça. "Arabe" le mot très fort dans la cour résonnait tout seul. J'étais pareil, sans rien. Mais j'ai senti après que tu étais là. Contre ce rire. Y'avait que le mot qui était seul. Moi j'étais avec toi.



Texte de Cédric Bonfils, auteur de théâtre, écrit avec Fafa et son fils Saad, lors d'ateliers du Cardan pour la manifestation "Ma Parole" en décembre 2010, au Safran.

Texte publié dans la Lettre au Habitants d'avril 2011








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