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- Bord de Somme, 2010
- Enquête de Sophie Douchain
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Jean Philippe, Gailly
J'ai ma nouvelle barrière, je vais la remettre comme avant. Mais j'attends qu'il fasse tous les crans. Parce qu'avant, c'était plein de bidouilles. J'ai mis ma vieille barrière là, et avant c'était celle là.
On avait fait le théâtre aussi. Et de la peinture. J'ai une grande photo, tout le bazar. On a eu chacun une grande photo. Moi, j'ai mis mes pieds dans la peinture, mes mains dans la peinture, et j'ai chanté. Tu veux que je te fasse voir la photo? Je vais te la faire voir. J'ai fais trois mois avant pour essayer, et un an après. Comme ça m'a plu... Par contre, ma famille, c'est des chanteurs. Mon père était artiste music hall, chanteur avant. Et il a fait du théâtre aussi. Et mes soeurs, concours de chant, premier prix de la ville de Roubaix. L'autre soeur aussi. Toute la famille, ce sont des musiciens, chanteurs. Il y en a beaucoup qui sont à la retraite maintenant, bien sûr. Moi aussi, je suis à la retraite, les années passent. J'ai fini à 55 ans.
Je suis ici depuis 91.
Quand j'ai fais la photo, j'ai coupé mes cheveux le lendemain. Tous les ans je fais la même. Après l'hiver, je coupe. Quand c'est l'hiver, je laisse repousser. On était sur le journal aussi. Ils ont fait des photocopies au centre. Comme je vais au centre, au CAT à côté d'Albert. Là-bas, je fais de la peinture aussi, avec Camille. Et je chante le mardi. Je suis toujours occupé.
Chacun son boulot. J'ai été 19 ans cuistot. Un an dans les services soignants. Après, j'ai été chauffeur poids lourd. Quand ma femme est partie, on a divorcé. Bon voilà, c'est bien. Alors les hôpitaux, j'en ai fait une quinzaine, pour dépression, ceci cela. Comme maintenant je suis occupé à gauche, à droite, bon ben c'est tout, j'ai de l'occupation. Ici, j'ai du boulot. Ouais. On a toujours à faire. Derrière mon mobile home, j'ai mon petit jardin, j'ai mes poules. J'ai de quoi m'occuper. Ma cuve est arrivée. Ma baignoire, je vais mettre mes canards dedans après, des tchots canetons, de tout, des colverts, je m'en fous, du moment que ça fait coin coin. Non... Et j'ai mes poules, les oeufs, c'est pour moi aussi. Et j'ai pas mal d'amis ici. Et toute ma famille, ma soeur a son bungalow là-bas, mon frère son bungalow, mon père aussi, mais, lui a vendu. Comme il a 83 ans, il ne pouvait plus venir. 83 ans, c'est tout. Il reste ma soeur, mon frère et mon beau-frère. Il n y a que moi qui habite ici. Je suis natif de Roubaix. Mon frère qui a son bungalow qui est là, a acheté dans les Deux Sèvres. Ma soeur vient d'acheter dans les Deux Sèvres. Moi, j'aime bien ici. Je peux aller à la chasse, à la pêche, il y a toujours à faire. Plus besoin de travailler. J'ai atterri ici après le divorce, quand ma femme est partie. J'ai fais des dépressions, après l'alcool aussi. Tout est tombé dedans. J'ai même maigri de 11 kg. Fallait remonter tout ça. Je suis toujours suivi par le docteur Moure. Pour voir si j'ai de l'angoisse ou n'importe quoi. Sinon ça va, c'est bien. Tant qu'on s'occupe, on peut pas grand chose.
Le plus long, c'est quand même un peu l'hiver. Heureusement que j'ai la télé. Sinon, j'ai pas mal d'amis. Je vais chez mes potes, où ils viennent ici.
Cet été, on va faire des barbecues. On joue à la pétanque. Comme samedi prochain, le 31 juillet, il y a concours de pétanque, au café chez Raymond. Pour l'instant, je suis deuxième à Quatre vingt quatre points et huit victoires. C'est un challenge pour l'année. J'ai encore deux concours à faire. Sans compter, des fois, on fait des concours à Le Hamel, à gauche, à droite. Avec Richard, on fait les concours ensemble. Des fois on passe la journée, on fait une partie de pétanque, barbecue, tout le bazar.
Là, je vais taguer le mobile home. En photo Elvis Presley et de l'autre côté Johnny. Américain, moi, c'est Elvis Presley. Mort le 16 août 77 à 5h00, heure française. Ce jour là j'ai dit à mon chef, je ne travaille pas aujourd'hui, parce que mon pote, mon copain est mort. Il m'a dit fous le camps. Il m'a donné ma journée. En français, c'est Johnny. Après, j'aime bien Frédéric François, Mike Brant. Ouais, ouais, les années passent. Boh ça fait rien, je rigole toujours, je m'en fous. Il faut rester le caractère jeune. Je vais taguer cet été. C'est un pote qui va le faire. On va aller chercher les peintures. Là maintenant, j'ai tous mes bastings à enlever. Huit cent quatre vingt six briques. Je vais tout déranger. C'est pour faire mon plancher, mais il n'y en a pas assez. Là, je fais mon avancée. Et une plate forme au dessus pour se faire bronzer avec un plancher et l'escalier qui monte. Pour faire autrement que les autres. Derrière, c'est les champs. Comme ça on va faire une plate forme, avec une barrière tout autour. On pourra boire l'apéro. Moi, je n'ai pas de vis à vis. Et à côté, ils ne sont jamais là. Comme ça, ça va changer des autres. Il me faut toutes les pièces de mon puzzle. J'ai déjà toutes mes plaques, tout le bazar. Tout est là. Les basting, ça va s'en aller, je vais charger cette semaine. J'ai tous mes panneaux...
Là c'est mon chien Bethoveen. Il n'est jamais attaché. C'est depuis que j'ai défait la barrière. Tant que j'ai pas refait la barrière, il est attaché. Sinon il court, il est toujours dehors.
Quatre cents mètres carrés de terrain. ça, c'est ma nouvelle chambre à coucher, je l'ai faite il y a deux ans. Mais maintenant, je ne suis plus dedans, c'est pour les invités. J'ai huit frères et soeurs. C'est une très grande famille. Ma mère a trente sept petits enfants, je ne sais plus combien d'arrières. On est dix-huit, enfin quatorze. J'ai deux frères jumeaux, mais ils étaient triplés, il y en a un qui est mort sur les trois. Les soeurs jumelles, que je n'ai pas connu, et mon plus vieux frère Robert. Il aurait déjà 65 ans. Moi, je vais avoir 56. Et ma mère était fille unique. Et du côté de mon père, ils sont neuf.
Je dors toujours jusque huit heure. Je mets mon réveil à 8h00.
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