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HABITER ? 2010...




Maire de Suzanne

François Noyon,

On a hérité d'une gestion qui était un peu anarchique.
Je maintiens que la Vallée de la Somme a été complètement envahie, d'une façon abusive et anarchique.
Et maintenant, les générations qui ont succédé à cette politique là, ont le devoir d'essayer de rattraper les erreurs du passé. On s'aperçoit que cela devient très compliqué, parce qu'il y a des lois. Et que vis à vis des lois, on a du mal à dire à des gens qui se sont installés sans permis de construire, sans autorisation, et bien le terrain sur lequel vous êtes, en réalité, il n'était pas constructible, il ne l'est toujours pas, et on vous demande de déménager.
2001 a été une opportunité pour certaines communes. Opportunité causée par les inondations. Le Conseil Général en a profité pour dire effectivement, cette zone là, elle est inondable, donc pour sécuriser la zone, on exproprie les gens installés. Peu importe depuis quand ils étaient installés. Toujours est-il, que à partir du moment où il y va de la sécurité des gens, là, c'est beaucoup plus facile, de dire aux gens, là c'est pour votre bien. Qu'est ce que l'on peut opposer à cela? Rien. Effectivement, il y aurait pu avoir des noyés, et des dégâts matériels importants et des risques pour les assurances, etc...

Nous, on était en 2001, dans une réflexion de réhabilitation de l'habitat. Réhabiliter, le contraire de ce qui se faisait dans la commune d'à côté. Prendre en considération des habitations qui étaient là depuis un certain nombre d'années, mais pour lesquelles, on souhaitait qu'il y ait une évolution dans l'amélioration, aussi bien environnementale, qu'esthétique des maisons qui étaient en place.
Pour ça, il fallait que nos terrains soient reconnus comme n'étant pas inondables. Ce qui a été le cas. Dans un premier temps, on nous a dit vos terrains sont inondables, et on nous a classé dans la catégorie la plus pénalisante. Celle qui vous interdit éventuellement de raser pour reconstruire, ou d'agrandir, ou d'améliorer l'habitat. Et, on s'est un petit battu contre cette classification qui ne correspondait absolument pas à la configuration des dégâts qu'on a pu constater sur Eclusier.
Nos terrains n'avaient pas été inondés, et nous avons fait valoir nos droits, justement pour, que au lieu d'être en classe I, on soit en classe III. C'est à dire, terrain constructible, possibilité d'agrandir, possibilité d'améliorer l'habitat.
A partir de là, on s'est dit, si on nous donne cette classification, à ce moment là, la commune s'engage à mettre en place des travaux conséquents pour améliorer le site. Donc, ça a été notamment, effacement de réseaux. On avait des fils électriques, téléphoniques dans tous les sens, on avait des piquets qui servaient à la fois à l'éclairage publique et en même temps à l'alimentation électrique. Des alimentations en eau, je ne vous dis pas, c'était un petit peu... M'enfin, il y avait de l'eau, c'est déjà pas mal, mais ce n'était pas du tout aux normes.
Dès l'instant où on nous a dit, ok vous êtes en classe III, la commune a investi. On a fait l'effacement de réseaux, on a fait l'éclairage publique, on a fait l'adduction d'eau. Et évidement, les gens qui étaient propriétaires des maisons n'ont pas été insensibles à tous ces travaux, ils ont trouvés ça très bien. Mais il y a toujours une contrepartie. La contrepartie, c'était effectivement que les loyers ne seraient plus les mêmes. On a décidé l'augmentation des loyers, qui étaient bien en deçà du seuil raisonnable des prix, c'est à dire que les loyers étaient très faibles.

Ce qui faisait la valeur des maisons et des transactions, ce n'était pas la valeur réelle des maisons, mais l'emplacement des terrains. Qui bénéficiait des montants des transactions? Les propriétaires des maisons, sauf la commune, qui elle, n'était propriétaire que du terrain. Mais, quand je dis, que du terrain, c'est ce qui en réalité, avait le plus de valeur dans les transactions.
Comme les gens n'étaient pas propriétaires, qu'ils n'étaient que locataires, qu'ils payaient un petit loyer, et bien, quand un acquéreur venait pour acheter une maison, on lui disait, en plus les loyers ne sont pas chers, c'est vachement intéressant, et puis la maison, vous avez vu l'emplacement. Sans dire, elle n'est pas terrible, elle vaut quand même de l'argent, vu sa situation.
Et c'est comme ça, que ces maisons se sont transmises avec des plus values à chaque fois de plus en plus importantes.
Donc, nous, on a mit un frein à ça, en disant, il n'y a pas de raison que cela ne rapporte pas plus d'argent à la commune. On a augmenté le loyer, et on l'a fait de façon plutôt harmonieuse, en ce sens qu'il y a des baux de douze ans sur ces habitations, donc les augmentations de loyers ne s'opérèrent qu'au renouvellement des baux. Ou, si transaction il y a, si un propriétaire vend sa maison, le nouveau propriétaire, hop, passe toute suite au nouveau tarif. Ce qui est normal.

Alors, évidement, ça a été un petit peu une levée de boucliers. Et puis, en même temps, pour clarifier un petit peu cette situation, puisqu'à l'époque nous avions madame Milamon qui était sous préfète de Peronne, qui avait eu la gentillesse de bien vouloir me recevoir pour m'écouter, qui m'avait dit: « Attendez, c'est complètement ahurissant, qu'une commune soit propriétaire de terrains, sur lesquels, les gens viennent construire des maisons. C'est invraisemblable. Est-ce que vous avez déjà pensé que si un jour il y avait un problème, les propriétaires des maisons pourraient se retourner contre la commune. En disant, après tout, la commune nous loue des terrains, nous, on pensait que les terrains n'étaient pas inondables ».
Ils auraient très bien pu dire, notre terrain a été inondé, mais on ne savait pas qu'il était inondable. Heureusement, nous n'avons pas été inondé, mais imaginons.
Donc, elle m'avait dit: « c'est pas clair. Votre truc n'est pas clair, et moi je vous encourage à vendre vos terrains. Au moins, ça vous dégagera des responsabilité, et puis ça fera des rentrées d'argent aussi pour la commune ».
Vous me direz, les loyers, c'est aussi des rentrées d'argent. Quand on a vendu son bien, après ça, on ne touche plus de loyer. Mais l'argent qu'on touche, on peut aussi le placer. Et si on avait placé notre argent au lieu de toucher des loyers, le montant des placements aurait été supérieur au montant des loyers.
Donc, il a fallu que j'explique ça au conseil municipal en disant, voilà un petit peu la situation, c'est un petit peu ambiguë. Et en même temps, on avait des gens qui étaient locataires et qui lors de transactions trouvaient des acquéreurs qui disaient: « ben oui, nous, on achèterait bien votre maison, mais le problème, c'est qu'on a besoin d 'emprunter. Et quand on va voir le banquier, et qu'on lui dit voilà, je voudrais acheter une maison, mais sans être propriétaire du terrain, le banquier nous dit, attendez, nous, on ne prête pas dans ces cas là, parce qu'on n'a jamais vu ça ». Donc, il y a des gens qui venaient nous voir en nous demandant s'ils  pourraient acheter éventuellement le terrain en même temps que la maison.

Alors évidemment, c'est comme dans le temps, on disait qu'un fermier qui vendait sa paille, vendait sa ferme. On ne vendait pas sa paille, ou alors, il fallait vraiment être cric, hein? Le kiki serré, mais bon, vieil adage comme ça qu'on traîne depuis des siècles, des décennies, qui ne veut absolument rien dire.
Il n'y a pas de déshonneur à vendre un terrain, à partir du moment où l'on utilise intelligemment le capital que l'on perçoit, soit en le plaçant, soit en l'investissant.
Toujours est-il que j'ai profité un peu de ces gens qui venaient me dire « les banquiers ne veulent pas nous prêter parce que le terrain ne nous appartient pas.  Mais si vous vendiez, à ce moment là, on pourrait monter un dossier ». J'ai sauté sur cette opportunité pour dire au conseil municipal « écoutez, on va augmenter les loyers, mais il faut quand même que l'augmentation des loyers soit justifiable et justifiée. En même temps, on nous propose d'acheter des terrains, pourquoi ne pas les vendre si on utilise cet argent intelligemment. «-  Oui, mais si on vend, on ne vend pas à n'importe quel prix ». Alors, je dis: « écoutez, entièrement d'accord, je n'ai pas spécialement envie de brader. Pour prendre un petit peu la tendance, ce que je vous propose, c'est qu'avec deux adjoints, nous allions voir un notaire dans le coin, et lui demander quels sont les montants des transactions des terrains au bord de l'eau. Combien ça se vend. »
On va chez le notaire, et le notaire nous dit que les transactions sont entre 35 et 45 euros le mètre carré. Je reviens vers le conseil municipal, et je leur dis voilà. - « Pas question entre 35 et 45, on n'est pas vendeur à ce prix là ». Je leur dis que c'est simple, le prix c'est eux qui allaient le fixer. A combien estimez-vous qu'on doit vendre les terrains? Et tout à coup, il y en a un qui dit « 60 euros, moi, ça me paraîtrait un bon prix ».
Passer de 40 à 60, c'était pas un prix exagéré, et ce n'était pas non plus bradé. Et ce jour là, on a pris une décision, on a pris une délibération au conseil municipal, en disant que pour les gens qui souhaitaient acheter les terrains, il y avait la possibilité d'acheter. Mais la commune n'est pas vendeur. On n'a jamais mit un panneau terrain à vendre, ce n'est pas notre objectif, et on ne veut pas à tous prix les vendre. Mais, si on nous le demande, et bien voilà, le prix, c'est ça. Donc, le prix était fixé: 60 euros du mètre carré.
Et je leur dis, en admettant qu'on vende un terrain 60 euros du mètre carré, à quel taux, vous pensez qu'on peut placer cet argent là? Si on place sur du long terme, par exemple, on peut avoir des taux à 4,5-5%. On va voir le percepteur, qu'est-ce que vous avez à nous proposer comme placement? 10 ans, 4,5%: banco. 4,5%, 60 euros le mètre carré, ça fait combien? 6X5=30, 6X4=24, ça fait 2,70 euros. ça fait 2,70 euros de revenus annuels au mètre carré. Les loyers, tenez-vous bien étaient à 0,60 ou 0,55 centimes du mètre carré. On a dit, sans aller jusqu'à 2,70, on va tabler sur 2 euros. Donc on a annoncé l'augmentation des loyers. Evidement, il y a eu un tollé général, les locataires ont dit « oui qu'est ce que c'est que ça, de quel droit une commune peut-elle augmenter les loyers sans aucune concertation? ».
Sans aucune concertation!? Il y a quand même un conseil municipal, il y a des élus. Ce n'est pas le maire qui décide seul, c'est le maire qui décide avec ses conseillers.
Maintenant, le vote a été accepté à l'unanimité sur les bases de 2 euros, bon vous estimez que c'est trop cher, je vais en parler à mon conseil municipal, je vais retourner vers eux, et je vais leur dire que vous aimeriez qu'on mène une négociation. Après tout c'est normal, certains d'entre vous sont locataires depuis un certain nombre d'années, on aime bien nos locataires, on ne veut pas vous chasser et on n'est pas des sauvages non plus, donc on ouvre la discution. Mais pas trente quatre locataires, trois représentants des locataires. Vous n'avez qu'à élire parmi vous les gens qui sont les plus revendicatifs pour vous représenter et pour venir discuter.
Donc on a..., j'ai reçu cette délégation, et on a discuté. Evidemment, ils essayaient de tirer vers le bas, et puis à un moment donné, pof, on a tranché, et on a dit ce sera tel prix. Un prix raisonnable, 1,70 je crois. Donc de 2, on était passé à 1,70. Mais ce n'était pas suffisant.

Donc après la levée de boucliers, ils ont cru qu'ils allaient pouvoir faire casser cette délibération du conseil municipal en prenant un avocat et en attaquant la décision du conseil municipal. En fait, moi, j'avais pris mes renseignements avant de décider ça. En fin de compte, les communes de moins de mille habitants, le conseil municipal est souverain et c'est lui qui décide. On a la possibilité de prendre des décisions sans qu'elles puissent être contestées. Bien sûr dans la mesure où ces augmentations sont justifiables et justifiées.
Et nous, on a pu justifier ça. Par le prix du mètre carré qui avait été fixé et validé par des gens qui ont acheté, qui ont acheté à ce prix là. Dès l'instant où un terrain avait été vendu sur la base de 60 euros le mètre carré, on ne pouvait pas nous rétorquer « vous savez très bien qu'à ce prix là, personne n'achètera » Et si, justement. On en a un, puis deux, puis trois et quatre. Donc, on a quatre terrains qui ont été vendus. ça a permit de dire aux gens, vous voyez qu'on n'exagère pas, puisqu'on les a vendu. Et puis maintenant, sur la base de 60 euros du mètre carré, on aurait pu vous demander 2,40 euros, on vous a demandé 2, et finalement on a tranché à 1,70. Donc, on a été sympa.

Et éclairage publique, adduction d'eau, électricité, compteur d'eau, effacement de réseau, les gens ont bien pris conscience, rien que par cela, leurs maisons ont à nouveau pris de la valeur. Et tout est rentré dans l'ordre.
Ils ont quand même fait une liste d'opposition aux élections, et patatrac, manque de chance pour eux, aucun élu au premier tour, et ma liste est passée au premier tour. Cela prouvait que le village était en phase par rapport à ce que nous avions fait, et en même temps ceux qui croyaient pouvoir contester des décisions, non. Heureusement. Il y avait une logique derrière tout ça. Tout est rentré dans le rang. Maintenant, on entretient les meilleures relations possibles avec tous ces gens qui nous avaient fait un petit peu la grimace, et ça s'est plutôt bien passé.
Résultat de tout ça, en faisant cela, je pense que l'on incite les gens à investir d'avantage dès l'instant ou l'on a validé quelque chose. Les terrains aujourd'hui sont constructibles. Ils ont été construits sans permis de construire, aujourd'hui, quelqu'un qui veut raser une maison qui est en mauvais état, parce que construite avec des matériaux à l'époque qui n'étaient pas très coûteux, et bien, il a la possibilité de déposer un permis de construire, et de faire ce qu'il a envie de faire sur ce terrain. C'est aussi pour améliorer un petit peu l'habitat.

C'est aussi pour permettre, à des gens de l'extérieur, pourquoi pas, de venir s'installer à l'âge de la retraite. Il y a des gens qui viennent maintenant vivre à l'année dans notre village. Ce qui permet aussi de brasser une population, et d'insérer des gens qui avaient l'impression d'être des exclus.
On parlait des doryphores, en parlant des gens du Nord. Les doryphores, c'étaient les allemands en 39-45. On a chassé les allemands et après ça, on a été envahi par les gens du nord, du coup, on les appelait comme les allemands, les doryphores, mais ce n'était pas très sympa.
Effectivement, le problème des envahisseurs, quoi! Alors pendant très longtemps, les villages ont laissé pousser les orties qui piquent, les ronces, pour que, quand les ch'ti viennent, ils ne puissent pas rentrer dans nos maisons, dans nos propriétés. Qu'ils se piquent et s'égratignent les mains. C'était, on leur prend leur fric, mais on ne fait rien pour essayer de créer des liens avec ces gens là. Et en même temps, encore moins pour qu'ils se sédentarisent. Résultat des courses: vous n'avez pas de restauration véritable, vous n'avez pas d'hôtellerie véritable.
Je ne suis pas gentil de dire qu'il n'y a pas de restauration, parce que si, il y a un restaurant et une auberge à Suzanne qui est très bonne, et je vous recommande d'y aller. Mais à part ce cas là, il n y a pas grand chose.

Et, on a exploité ces gens là de façon un petit peu anarchique. Souvent de façon très personnelle. Mais sans imaginer, faire un travail de fond sur le long terme, qui nous vaut aujourd'hui d'être pénalisé par rapport à toutes ces infrastructures qui n'existent pas. Et résultat, les jeunes ne viennent pas. C'est une clientèle de gens qui ont passé la soixantaine.
On n'est pas encore vieux à soixante ans. La preuve c'est que j'ai soixante ans, et que je me porte bien.
Mais des jeunes de 25-30 ans, il n'y en a pas. Il y aura toujours des populations vieillissante. Il y aura toujours des gens pour remplacer ceux qui ne viennent plus. Mais on touche une tranche d'âge, qui fait qu'il n'y a pas tellement de loisirs autre que la pêche.
La grande question, c'est que pourrait-on faire pour rendre cette région plus attractive? Le problème, c'est que dès que vous sortez de la vallée de la somme, après ça, c'est la plaine. On ne va pas créer des chemins pédestre dans les champs de blé, ni dans les champs de betterave. C'est un peu difficile.
Certes, la vallée peut être aménagée on peut faire des choses sympa.
Les larris sur Frise, c'est très sympa ces ballades que l'on peut faire. Passer par le haut et revenir par le bas. Même chose sur Vaux Eclusier. Parce qu'il y a une configuration des terrains qui permet de faire ce genre de chose.
Mais si vous prenez le cas de Suzanne. Suzanne, pour les gens qui se baladent à pied, c'est la route.
Ou c'est le chemin de halage. Le problème c'est que les quelques exploitations qui pouvaient être faites, l'ont été par des propriétaires privés. Ce sont des campings, c'est la Grenouillère à Frise. C'est du privé, mais qui n'a pas toujours été soucieux du respect de l'environnement.
Dans les campings, maintenant, il y a des normes, heureusement. Les gens qui n'ont pas voulu se mettre aux normes, on leur a dit, maintenant vous fermez. Les eaux de vaisselles, les toilettes, tout ça, ça part à la rivière. Si vous ne voulez pas vous raccordez sur le tout à l'égout, on ferme. Ceux qui n'ont pas voulu, tant pis.

Le tout à l'égout, ça vient, mais on est dans l'individuel. Sur les trente deux terrains qui nous appartiennent, à chaque fois qu'il y a une transaction ou une construction, il y a obligation au moment du dépôt de permis de construire, il y a obligation de mettre en place un assainissement. Et quand il y a une transaction, quand un propriétaire vend sa maison, le nouveau propriétaire est tenu de réaliser l'assainissement dans les trois ans. Donc, ils le savent, et quand ils achètent, ils installent tout de suite.
L'assainissement, on en parle depuis 25 ans. Tous les cinq ans ont fait des études pour savoir... finalement on fait du collectif, on fait du semi-collectif, de l'individuel. A chaque fois, on fait des études qui coûtent quinze, vingt mille euros. Et puis on tourne en rond, parce que la seule solution, c'est de faire de l'individuel, et tant que les pouvoirs publics n'inciteront pas les privés à faire ces travaux, rien ne se fera, et on fera des études, et on fera des études. Alors, qu'on a bien donné des possibilités aux gens qui construisaient des maisons, de pouvoir notamment déduire de leurs revenus les intérêts d'emprunts, cela vient d'être supprimé par les prêts à taux zéro. L'Etat , de temps en temps, prend des mesures intelligentes pour inciter. En matière d'assainissement, c'est le vide. Ah les études, on en fait et on recommence, mais s'il n'y a pas une dynamique et une volonté au sein des élus des communes qui imposent ces choses là, et bien rien ne se fait.
Mais ceci dit, comment voulez-vous imposer à des gens qui n'ont pas les moyens, qui sont là depuis des décennies, de leur dire, maintenant il faut faire l'assainissement. - « Comment je fais? Je n'ai pas un rond ». On ne va pas leur prêter de l'argent à ces gens là.
Donc, on est obligé d'attendre que les transactions se fassent, et que les gens qui vont acheter soient prévenus. Attention! Vous achetez une maison, mais vous êtes obligés de. Et ça, c'est marqué dans le règlement. Là, on a trouvé une astuce. En tout cas, à Suzanne. Je ne sais pas si cela se fait ailleurs. C'est la seule parade que j'ai trouvé pour réussir à prévenir et obliger d'une certaine manière les gens qui achètent à se mettre aux normes. En sachant qu'on leur donne trois ans pour le faire, ce qui est sympa.

Pour les gens qui ne sont pas reliés, il y a un peu de tout. Les anciennes installations, souvent les maisons avaient des puits, donc ça part au puits.
Bon. Quand c'est un petit vieux qui consomme cinq mètre cubes d'eau par an, ce n'est pas lui qui pollue le plus. Si c'est une famille avec trois, quatre enfants, une grande maison, avec le lave-linge, le lave-vaisselle, les toilettes, le machin... Là, ça commence à poser problème.
Généralement, il y a des fosses septiques pour les toilettes, mais par contre les eaux usées, ça partait dans la rivière. Cela ne part plus, dès l'instant où il y a transaction et dès l'instant où il y a un nouveau propriétaire. Cela va se faire un peu à la fois. Au moins, ça se fait. Tandis que l'Etat dit, on va faire l'assainissement. Oui et comment faites-vous pour faire l'assainissement? Qui paye? L'eau paye l'eau. Vous pompez un litre d'eau, vous rejetez un litre d'eau. Donc, on vous fait payer, pas seulement l'eau que vous avez pompé, mais l'eau que vous avez rejeté. Et l'eau que vous rejetez, cela paye les installations d'assainissement, les stations d'épuration.

J'ai rencontré un habitant d'une commune pas loin d'ici, ils sont à cinq euros du mètre cube. Mais dans les cinq euro du mètre cube d'eau que vous payez, vous payez l'assainissement. Seulement, cinq euros du mètre cube, commence à faire cher. Les gens font plus attention, peut-être. On gaspille moins l'eau.
En sachant que du collectif, au bout d'un moment ça vieillit, ça sature. Une station d'épuration, tous les quinze ans, pfout, vous la cassez, vous la recommencez. Et entre temps, sont venues se greffer des maisons. Et c'est aussi pour ça que nous sommes obligés de faire des nouvelles installations, parce qu'au bout d'un moment elles sont saturées. Elles ont trop, pas absorbé. Elles sont sous dimensionnées, et si c'est le cas, si on veut accélérer le principe, les eaux qu'on rejette, elles sont moins bien traitées. Ou alors, il faut recommencer une station. Une station, pour qu'elle soit aux normes, il faut recommencer. L'assainissement est un sacré problème. C'est pour ça, que dans les petits villages comme les nôtres, le collectif coûterait beaucoup, beaucoup trop cher, et qu'on a préféré l'individuel, mais en utilisant une solution qui soit cohérente et supportable pour les gens, qui en achetant sont prévenus. Vous me direz, ceux qui sont là depuis trente ans, qui ont soixante aujourd'hui, on va attendre qu'ils claquent pour que l'assainissement soit fait. Ben oui, mais bon! Aujourd'hui, il y a un turnover important. Quand on s'installe dans un village, on n'est jamais sur d'y rester jusqu'à la fin de ses jours.

On a toujours eu... et ça c'est une caractéristique du village, et je pense que c'était bien; on a toujours lutté contre des installations privées. Le gars qui a un terrain fait venir des caravanes, et il fait un camping. Interdit. La commune doit commencer par donner l'exemple. Donner l'exemple, c'est: refus des mobiles homes. On n'a pas voulu de caravanes. C'est déjà quelque chose. On a accepté que les gens construisent. Pas toujours en dur. Pas toujours avec des matériaux correspondant au style de notre pays en briques ou en pierres, ou briques et pierres. Là dessus, c'est vrai que nous avons eu des dérives et que nous avons toléré quelquefois des installations avec de l'amiante, avec des matériaux qui aujourd'hui sont interdits, mais qui à l'époque ne l'étaient pas et qui ne coûtaient pas chers. Mais, nous sommes partis sur de l'habitat léger, et non sur du mobile home.
Parce que le principe de l'installation du mobile home a vite dévié. C'est à dire que les types demandaient s'ils pouvaient installer leur Mobile home. - Oui mais il ne faudra pas le laisser. - Non, non, non. Il l'installait. Le type venait deux mois. Première année. - Est ce que je pourrai revenir l'année prochaine? - Pas de problème monsieur, je vous réserve votre terrain. Le type repartait avec sa caravane. La deuxième année, il arrivait. - Ah comment ça va? Bon, dites un peu, moi je viens de loin, mon mobile home, je ne peux pas le laisser sur le terrain? - Bon allez d'accord, laissez le. La troisième année, le type avait enlevé les roues. La quatrième année: - Eh dites un peu si je pouvais mettre  à côté du mobile home une pièce pour faire un toilette, une petite cuisine. Le type faisait une fondation, et boum, il avait installé au bout de la caravane la cuisine, de l'autre côté les chiottes. Si bien que la caravane, on ne pouvait plus la bouger puisqu'elle était coincée des deux côtés. Une fois que le type avait coincé son bazar: - je ne peux pas faire un petit muret devant, et un derrière, avec une fenêtre? Le type construisait sa maison comme ça, avec sa caravane à l'intérieur, et il avait sa résidence.
Donc ça, nous n'avons jamais voulu à Suzanne. Les choses se sont passées comme ça. Et le type, une fois qu'il a construit en dur, propriétaire depuis trente ans. On n'a pu le droit de le faire déloger. Prescription. Alors, le préfet, tout préfet qu'il soit, ils sont confrontés aux mêmes lois que nous, et un préfet ça reste en place un an, deux ans , trois ans.
Il y en a un, un jour qui dit « Oh quelle vallée magnifique, mais comme c'est dommage que cela a été aussi mal exploité. Nous allons prendre des dispositions pour virer tout ça et repartir sur des bases saines. » Le type à chaque fois se casse les dents, et en trois ans de temps, il n'a pas le temps de mettre en place une politique. Donc finalement, les seuls opportunités qui se présentent pour justement, remettre un petit peu les pendules à l'heure, se sont des catastrophes naturelles. On va dire malheureusement, malheureusement. Mais dans le côté malheureux, il y a le côté heureux aussi. Et on retrouve du mot heureux aussi, en sachant que l'on réhabilite finalement des terrains, sur lesquels on a implanté des maisons qui n'auraient jamais du être. A Suzanne, on a pas voulu ça. Ils n'ont pas voulu ça. Donc, on a eu ces maisons légères, d'autres un peu moins légères.

On a commencé après ça, a avoir des gens qui ont voulu construire en dur. Qui ont eu les autorisations du permis de construire et qui ont construis en dur. Et maintenant, on voit qu'il y a des gens qui ont eu le permis de construire et qui rasent. ça va se faire tout doucement, mais ça bouge. ça bouge dans le bon sens. Accession à la propriété. Après tout le type veut acheter, on vend à bon prix. ça va dans le bon sens. A partir du moment où vous êtes propriétaire d'un terrain, et que l'emplacement est joli, et que vous avez un petit peu de goût, vous allez construire quelque chose de mignon, et puis vous allez l'entretenir. Et vous allez l'entretenir en vous disant « quand j'aurai l'âge de la retraite, je viendrai vivre ici ». Et doucement, se sont des populations qui s'intègrent dans le village. Ce sont des gens qui peuvent être élus au sein d'un conseil municipal.

Je me souviens de mon premier mandat, où j'avais été voir des gens qui n'étaient pas des gens du village, qui étaient des ch'ti. Je leur ai proposé de venir sur ma liste. Ils ont accepté et ça c'est vachement bien passé. Et c'était des gens qui étaient peut-être encore plus soucieux de préserver la nature et notre environnement que certains de notre village qui sont toujours là pour dire « ah les envahisseurs, on n'en veut pas », mais qui eux ne font rien quelque fois pour soigner notre environnement.
Moi, je pense que nous avons pris le bon virage. On a pris le bon virage en 2001, et depuis que nous avons mis ça en place, tout le monde est content. La commune est plus riche. Les propriétaires n'ont pas fait une mauvaise affaire, bien au contraire. C'est une intégration qui se fait de manière plutôt sympathique et voilà.

Les gens ont commencé à venir dans les années 60. Avant, il y avait peut-être quelques initiés qui avaient découvert cette vallée magnifique, et qui en ont profité avant. Mais disons que le gros de l'arrivée de ces touristes se fait entre 60 et 80. Mais la pire période en matière d'occupation des berges de la vallée, pour moi, c'est entre 60 et 70. Où là, on a vraiment laisser faire tout et n'importe quoi. Et en plus avec des gens, heureusement pas dans notre commune, qui ont vu des intérêts privés, qui ont fait valoir le fait qu'ils soient propriétaires. Pour tirer de l'argent on laissait faire n'importe quoi. La responsabilité n'incombe pas aux gens du nord. Elle incombe aux gens du cru, qui ont vu l'arrivée de ces gens là, en se disant par ici la monnaie, on ne veut pas les connaître, on ne veut pas sympathiser avec eux. On prend le fric et on se barre, après ça, ce qu'ils font derrière, on s'en fout. Le principal c'est d'avoir pris la monnaie. C'est ça. C'est un peu la mentalité de l'époque qui a fait que rien, encore une fois, n'a été pensé sur du long terme. Et ça aujourd'hui, il y a des communes qui le payent très cher.
A Suzanne on dit que c'est un beau village. Oui, mais pour qu'un village soit accueillant, qui donne l'envie aux gens de venir, d'abord, il faut l'entretenir, ensuite il faut créer un état d'esprit, une mentalité. ça c'est important.


Quand on pense à ce que sera l'avenir de nos communes, peut-être pour le prochain mandat, avec les communautés de communes. C'est bien. En soit, c'est pas mal, mais il faut aussi que les communes gardent de leur autonomie, et que les élus dans les communes se sentent encore en charge d'une mission. Et qu'on ne dise pas, c'est à la communauté de commune de faire. Parce que si on dit ça, ça veut dire qu'à moyen terme, on n'aura plus de conseils municipaux dans les communes. On aura un représentant de la communauté de commune dans les villages. Représentants qui seront aussi nombreux qu'il y a d'habitants ou que la commune ne rapporte d'argent à la communauté de commune. Il y aura les deux choses. Si vous rapportez beaucoup d'argent à la communauté de commune, c'est bien, même si vous n'avez pas beaucoup d'habitants. Mais si vous n'avez pas beaucoup d'habitants et que vous ne rapportez pas grand chose, le représentativité est nulle. A ce moment là, ces communes là, comment feront-elles pour continuer d'exister?
Là, il semblerait que les gens des villes aient envie d'aller vers les campagnes, mais à condition que les campagnes soient en mesure de les accueillir.
Mais c'est un autre débat, l'avenir nous le dira.









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