
Bonjour !
En vélo, c’est écologique. Si tout le monde faisait pareil…
J’avoue qu’aujourd’hui, j’ai mis le pied à terre dans la côte.
Avec cette chaleur…
Le petit train de Cappy n’est toujours pas ouvert.
Toujours pas ouvert ? Je l’ai entendu siffler.
Le week end, peut être ?
Ah, peut être.
On est en juillet, il est sensé être ouvert tout le temps, non ?
Tu sais, on est en juillet depuis ce matin, c’est tout.
Ah oui.
Hier on avait plein de bêtes d’orage.
Ici on n’a pas de bêtes d’orage, on fait un peu de vent et on les envoie vers le bas.
Ben vous êtes à la porte ?
On est tellement bien dehors.
C’est du chardon, là dans les blés ?
Non c’est de l’herbe. En principe, c’est traité pour le chardon.
Moi j’ai beaucoup d’orties. Va falloir que je les arrose, j’aime pas ça mais il y en a tellement…
Qu’est ce que c’est, c’est une réunion d’Alcooliques Anonymes ?
On n’est pas tellement anonymes…
Je propose qu’on boive, parce que dans les cafés, on boit. Et puis mangez les fraises, elles sont fraîches, allez-y.
Ça vous permettra de réfléchir à ce que vous voulez raconter.
Bienvenue à tous à Eclusier-Vaux où, selon la tradition, il fait toujours beau. Merci d’être venus si nombreux. Actuellement, nous avons 90 habitants, 145 si on compte les internes de la Maison Familiale Rurale. En 1983, il n’y en avait que 56. C’était une petite commune qui commençait à mourir doucement. Puis, avec toutes les animations qu’on a faites, c’est reparti.
On ne sait pas exactement quand Eclusier et Vaux ont été réunis. Au XVIe ou au XVIIe siècle. On ne sait pas pourquoi non plus ; nous avons été occupés deux fois par les allemands, en 14 puis en 42-43 ; ils ont utilisé les registres pour se chauffer. Le plus ancien qui nous reste date de 1680. A cette époque il n’y a pas encore de communes. Juste des paroisses. On trouve déjà les deux secteurs d’Eclusier et de Vaux.
Ce sont deux villages qui ne se ressemblent pas. Chacun son église, chacun son cimetière.
Il y a eu l’influence du phosphate.
On est sur des galeries. En 14, la mairie était construite à 150 mètres d’ici. Comme ils ont creusé au delà des plans, ils ont creusé sous la mairie. Elle a commencé à bouger. Tous les deux mois, on venait mesurer l’évolution des fissures dans les murs. Pour les recours. La guerre est arrivée, elle a réglé le problème. Après la guerre on a reconstruit ici. Là-bas, c’était trop mouvant.
C’est un gruyère, le sous-sol.
Il y a encore des effondrements. Dans les champs.
Ils étayaient le temps de l’extraction. Avec du bois du pays. C’était pas du bois solide. Il fallait juste que ça tienne quelques mois. Il fallait faire des wagonnets, des wagonnets, ils étaient payés au wagonnet.
Ça faisait vivre plusieurs villages à l’époque, les phosphates de Vaux.
Je me souviens des camions Séret.
C’était la terreur, les camions Séret, ils écrasaient les poules.
Il y a beaucoup plus d’accès qu’on ne le dit. Une année, la mairie de mon village a demandé à chacun de dire quels trous il connaissait. Le bruit a couru dans le village qu’il ne fallait rien dire, car on ne savait pas à quoi ça pouvait servir.
C’est bien picard, ça.
Moi j’en connais quelques uns mais je n’en déclare aucun.
Ma grand-mère m’a raconté qu’il lui est arrivé de s’abriter dans un tunnel pendant la guerre.
Pendant la guerre, on a fait du charbon de bois. Seulement pendant la guerre.
Les allemands ont fait cultiver du lin. Pour faire du fil.
On a fait du fil d’ortie, aussi.
C’étaient les belges qui venaient ramasser le lin. Les paysans étaient payés en tissu.
On a fait des semelles avec des roseaux.
Ma mère m’a fait des chemises de bébé en toile de parachute. Je les ai gardées.
Ils parachutaient plein de choses dans le bois de Vaux.
Un jour, il y a eu un gros parachutage d’armes. Tous les hommes ont quitté le village pour aller se cacher dans les huttes. Ils se sont dit qu’on ne ferait rien aux femmes.
Courage fuyons.
Il faut mettre à l’abri ce qui est le plus précieux !
Londres prévenait avant les parachutages.
Un jour, mon père travaillait, il était agriculteur, deux hommes sont venus pour lui dire de rentrer chez lui. En fait, ils attendaient un parachutage et ils ne voulaient personne alentour pour voir.
Dans les années 50, il n’y avait pas de supermarché. Les commerçants faisaient des tournées. Le Familistère. Le boucher et le boulanger tous les deux jours.
Mon père était maçon. Il n’avait pas de voiture. C’était le boulanger qui lui apportait son matériel.
J’ai passé le permis poids lourd en 59. On était 3% de femmes. J’ai appris à Péronne. Quand je m’arrêtais au feu, les gens me voyaient au volant, ils faisaient de ces têtes… Après je n’ai jamais conduit le camion. C’est mon mari qui a toujours fait les tournées.
Les années 50, c’est l’époque où les gens du Pas-de-Calais ont commencé à venir. Ils construisaient un cabanon pour pêcher ou chasser.C’est le début des “habitations légères“ ? Ça, ça dépend des communes.
La fête de l’anguille est née en 1986. C’est le maire qui a lancé l’idée. À l’époque, le président des Amis de l’Eclusier-Vaux a dit “On va le faire avec vous“.
Il n’y avait pas de fête dans la vallée, on sentait que ça manquait. On est allé rencontrer les communes voisines. L’idée ne leur a pas déplu mais chacun voulait que la fête ait lieu chez lui. J’ai proposé qu’on tourne, en commençant par Eclusier-Vaux. Finalement on n’a jamais eu d’accord avec les autres communes.
On a créé le Comité des Fêtes et on est parti comme ça, à trois. La commune, le Comité des Fêtes et les Amis d’Eclusier-Vaux.
On a organisé la première Fête de l’Anguille et à notre grande stupéfaction, on a bloqué toutes les rues. Certaines personnes n’ont même pas pu accéder à la fête tellement il y avait de monde.
Pendant trois ans, ça a été tous les ans. Puis tous les deux ans. La prochaine, c’est la treizième édition.
Contrairement à ce qui a été dit, les Amis de l’Eclusier n’ont jamais été à l’origine de la Fête de l’Anguille. Ils travaillaient avec nous, ça c’est vrai.
On a eu des conflits sur l’organisation de la fête. Eux voulaient vendre des frites et de l’anguille et basta. Nous on voulait des exposants qui présentent des produits de qualité, des jeux picards.
C’est un tout autre type de fête.
Pas le même esprit.
Quand on leur a dit qu’on voulait faire venir des marionnettistes, ça a été un tollé.
Les Amis de l’Eclusier, c’est une association qui louait un terrain au Conseil Général. C’étaient des baux de 9 ans. À chaque fin de bail, la question du renouvellement s’est posée. Moi, j’en ai connu trois. Les gens se sont installés sur le terrain. Il y avait des Mobile Homes. Et puis certains se sont enhardis, ils ont commencé à construire en dur. C’était l’illégalité la plus totale. Il n’y avait pas d’assainissement, pas d’autorisations de construire.En 2006, le bail n’a pas été renouvelé.
Le problème, c’est qu’il y en a qui ont acheté juste avant la fin du bail.… Ou même construit un chalet en dur.Le malhonnête, c’est celui qui a vendu le chalet.
Impossible de le desceller pour l’emmener sans l’abîmer.
Il y en a qui ont perdu beaucoup d’argent dans l’affaire.
Quand il y a eu vente devant le notaire, ils ont pu se retourner contre le notaire. Mais sinon…
C’était le Far West.
Ils ont eu un an et demi pour partir. Le Conseil général leur a tous proposé des emplacements homologués dans les campings de la région. Mais ça ne leur a pas forcément plu.
J’ai réussi à dissuader un jeune homme qui habitait dans un HLM à Péronne et qui voulait y mettre toutes ses économies, faire un emprunt. Il était venu me voir à la mairie. Il a renoncé et moins d’un an après, le bail n’a pas été renouvelé. C’est un bon souvenir. J’en ai des mauvais.
Attendez, ne partez pas. On a besoin de bénévoles pour faire veilleur de nuit pendant la Fête de l’anguille. C’est sur quatre nuits. De 23h à 2H et de 2H à 5h. Alors si vous êtes volontaires, vous êtes les bienvenus.
