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HABITER ? 2010...




CURLU, Denis Lachaud


Le 12 juin 2010, Promenade des Habitants (initiée par la Compagnie Lune Bleue)

 

Curlu - Marche/Arrêt


Attention les oreilles !
Le maire vient de sortir sur le perron de la mairie, une cloche en main. Il fait tinter la cloche.
Bonjour à tous et bienvenue à Curlu pour cette promenade des habitants.
En 1189, Curlu s’appelait Cuerlu. Le nom est devenu Curlu en 1241. il signifierait « Quel lieu ! » ou bien « Cœur de loup ». Ses habitants sont les curvélogiens.

Je vais vous parler un peu des phosphates. A Curlu, il y a de la craie phosphatée. La carrière a été exploitée jusqu’au début des années 60. La craie était extraite par un tunnel, dans des wagonnets. Tout se faisait à la main. On s’enfonçait jusqu’à cinq ou six cents mètres. Les cailloux étaient écrasés pour entrer dans des engrais.
La fin des carrière de craie c’est un peu la fin des mines de charbon.
Une autre époque.
Maintenant nous vous proposons de commencer notre promenade.

Marche

… En fait la chasse, c’est comme si on allait au cinéma. Il faut payer notre entrée.
Ouais, c’est eux qui devraient nous payer. C’est à leur demande, si on chasse…

Arrêt à la source de l’Irette

Il y a encore quelques années, elle jaillissait ici en plein milieu. Puis elle a été bouchée. La municipalité a fait un nouveau forage. Ça coule très peu. Parfois ça ne coule plus. Avant que l’eau courante soit installée, la source de l’Irette servait pour l’approvisionnement en eau à Curlu. Elle était potable et de bonne qualité.
Curlu a été un des derniers villages à avoir l’eau courante.
Chez nous, à l’Eclusier-Vaux, l’eau potable est arrivée en 86.

Marche

… Oh ça se couvre.
Il a plus ce matin.
Maintenant, dès qu’il y a une goutte d’eau, tout le village tremble.
Ça va durer encore dix ans et puis tout le monde va s’en foutre. Et dans quarante ans, ça va recommencer.
En fait, dans la nuit du 24 au 25 mai 2009, le bas du village a été envahi par des coulées de boue. Tout le village a été solidaire, ça a été nettoyé en moins de deux jours. Et un mois après, rebelote. On essaie d’être reconnu en état de catastrophe naturelle.
Il y a eu quatre vingt dix centimètres de boue ici. Dans cette maison, c’est arrivé jusqu’au niveau de la serrure.
Ils ont dérouillé.
Tout ce qu’il y avait dans le sous-sol a été perdu.
TF1 est venu.
La coulée descendait de là, c’était un champ de betteraves, l’eau a ruisselé comme elle voulait. Là haut, il y avait un champ de patates. L’idéal. On a eu un étang pendant quelques jours.
Ici, le propriétaire avait une piscine. Une vraie piscine. On se serait cru à Dax.
On a une étude pour savoir s’il ne faut pas reconstruire des haies.
On est obligé de revenir en arrière…

Arrêt à Fargny

C’est une  toute petite halte.
Ce drapeau marque la première tranchée allemande. Là bas, c’est la française. Fargny et Curlu était sur la ligne de front. L’offensive du 1er juillet 1916 est partie d’ici. Pour regagner le terrain d’ici à Curlu, ça a été des centaines de milliers de morts. Selon les endroits, le gain a été de cinquante mètres à un kilomètre.
Les anglais ont cherché à savoir pourquoi ils ont eu autant de morts. Les français savent mourir à la guerre, pas les anglais. Ils n’aiment pas.

Marche

… On a rebouché les tranchées pour pouvoir cultiver. Les gens étaient payés pour remettre en culture. Ils ont remblayé avec n’importe quoi. Ça s’est fait en dépit du bon sens. Dix ans après, tout s’effondrait…

Arrêt dans un hangar de Fargny

On a préparé une petite exposition. Il y a des cartes, des photos, des affiches. Nous pensons que cette photo est un faux. Les cartes sont anglaises.
Pour les français, la guerre 14 c’est les taxis de la Marne, Verdun, le Chemin des Dames,  « Ils ne passeront pas ». Pour les anglais, les australiens, les néo-zélandais, la guerre 14 c’est la bataille de la Somme. A quelques kilomètres d’ici, à Maricourt, il y a la limite entre les tranchées françaises et les tranchées anglaises sur la ligne de front alliée, face aux allemands.
Je vous laisse regarder les cartes, les photos et les affiches.
Ah pardon, j’ai oublié de dire : la bataille de la Somme, ce n’était pas pour gagner, mais pour soulager Verdun. Et en effet, les allemands ne sont pas passés à Verdun.
Tout le monde regarde les photos, les cartes, les affiches.
Il est à vous ce hangar ?
Avant oui, maintenant c’est mon garçon qui est là.
Bonjour !

Marche

… Ça va les filles ? Vous crapahutez, vous…

Arrêt devant l’étang de Curlu


Les étangs, ça commence à Béthencourt, ça se termine à Bray. Ils couvrent 1600 hectares sur quarante kilomètres à vol d’oiseau, soixante si on suit la berge. Il y a dix-huit biefs, quatorze anguillières. L’étang de Curlu fait 170 hectares. 100 hectares sont consacrés à la pêche de loisir, 70 à la chasse. Les étangs sont une création totalement artificielle. Au départ, il y avait deux routes construites par les romains. Et le cours de la Somme historique. Tout le monde n’est pas d’accord sur son tracé. Au XVIIIe siècle, on extrait le « bousin » pour se chauffer. Il y a toujours eu un canal latéral pour permettre aux bateaux de circuler.
D’un point de vue juridique, la Somme est un fleuve tout à fait anormal en France : il est en propriété privée. La berge, l’eau, tout est de droit privé. Sur tous les autres fleuves français, vous pouvez vous promener le long de la berge. On ne peut rien vous dire. Ici, non. Majoritairement, ces propriétés privées appartiennent à des communes. En certains endroits comme l’Eclusier-Vaux, c’est privé départemental. Ici, c’est privé privé.
A droite vous voyez des clayettes. Elles sont là pour qu’il n’y ait pas de continuité biologique, ce qui est le propre d’un étang. Les poissons ne peuvent pas passer.
La pollution ici, vient de Saint Quentin. C’est une pollution par PCB. Le PCB est hydrophobe. On le trouve dans la vase. Cette pollution concerne donc les poissons qui vivent dans la vase.
De ce côté, vous voyez une anguillière. C’est une des dernières en France. C’est comme une passoire à spaghettis. Il y a deux vannes, un tamis et au bout, il y avait un grillage. Le courant est assez fort, les anguilles tapaient au bout sur le grillage et le seul chemin possible les précipitait dans une boîte. On pouvait prendre 100 à 150 kilos d’anguilles par nuit. On capturait aussi des écrevisses. Au niveau PCB, les écrevisses c’est encore pire que les anguilles. Ça vit vraiment dans la vase. Ça n’empêche pas d’en manger de temps en temps.

Marche

… Un jour, on a trouvé une omoplate. On s’est demandé pendant des heures : homme, veau ou porc ? En fait, c’était un os humain. L’omoplate était rose à cause du fer, or l’eau ici est ferrugineuse et l’os humain absorbe le fer, contrairement aux deux autres.
Léo, t’es le dernier !
Léo, on t’attend.
Vite, léo. Il sait observer, lui…

Arrêt au Chapeau de Gendarme

Nous venons de quitter Fargny. Fargny vient du mot « farine ». Il y avait des moulins installés le long des berges.
Dans le petit bois, là-bas, il y a encore des tranchées allemandes.
Deux hommes entrent dans le champ de blé, sur un chemin.
Ah, en principe c’est interdit.
Ils rebroussent chemin.
Regardez, nous on habite là-bas. La ferme. Les chambres d’hôte. Les allemands passaient juste devant chez nous.
Just behind those trees.
Oh, look at those jets.
Oh yes !
Il y a toujours autant d’avions de chasse qui passent ?
Non non. Il y a un meeting aérien aujourd’hui à Méaulte. Avec la Patrouille de France.
Heureusement qu’on n’a pas ça tous les jours.
Léo entre dans le champ, sur le chemin.
Léo ! On a dit qu’on n’avait pas le droit d’aller là-bas. Ce serait le champ de ton père, il ne serait pas content non plus.

C’est à vous ce champ ?
Oui.
Vous faites pousser quoi ?
C’est du blé. Au fond là-bas, il y a du colza. En bas, des betteraves sucrières. Ici, tout autour, du blé. Ça tombe comme ça cette année. Ici on ne peut mettre que des céréales. C’est crayeux et c’est trop vallonné.
On voit beaucoup de colza  cette année. Il a été fort cher l’année dernière.

Marche

… C’est la première fois que je viens au Chapeau de gendarme. J’en ai toujours entendu parler.

En 1916, les anglais avaient construit un petit réseau d’eau potable ici. On a retrouvé les tuyaux, enterré par très profond.
Ils avaient construit une gare à Frise, aussi. Pour acheminer les munitions.

Tous les gens qui habitent au bord de l’étang, s’ils veulent pêcher, ils sont obligés de payer le propriétaire de l‘étang. Ils peuvent prendre un seau d’eau pour arroser leur jardin, mais pas pêcher…

Retour à Curlu et fin de la promenade. Une partie de pétanque est en cours.

Plus fort !
Bien. À vous.
Oh celle-là est courte.











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