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HABITER ? 2010...




FRISE, Denis Lachaud



Le 6 mai 2010


Vous voulez boire quelque chose ?
Un café je veux bien.
Il y a du cidre, du jus de pomme… C’est du jus de pomme du secteur, jus de pomme du terroir, il vient de Suzanne.

LA GUERRE de 14
Pendant la guerre, les gens ont été évacués.
Beaucoup de gens sont partis et jamais revenus.

Mes grands-parents ont évacué par la Suisse.
Ils sont descendus jusque dans l’Hérault puis remontés jusqu’à Clermont-Ferrand.

Les miens ont été évacués vers Amiens.

La guerre de 14 a rasé la totalité du village.
Ici après la guerre il ne restait qu’une seule maison debout.

Quand on regarde les vieilles cartes postales on s’aperçoit que le village a peu changé après.
C’est la même ambiance.
On a gardé la même place.
Avant on y jouait au jeu de paume.

C’est la reconstruction qui a apporté les briques.
Avant la guerre, l’habitat était plus pauvre.

Ma grand-mère vivait dans une cave.
Le sol était en terre battue.
Elle lavait son sol en terre battue.
Je ne sais pas comment ça pouvait se faire.

Après la guerre on a considéré la région comme zone morte.
Il y avait eu un tel déluge de munitions, on pensait qu’il serait impossible de redémarrer.
Finalement la vie s’est réinstallée rapidement.

Dans les champs, on en retrouve tout le temps.

Quand on veut faire brûler quelque chose dans le marais, c’est sur une tôle ou dans un brasero.
Par prudence.

Encore maintenant, quand on drague les étangs, on remonte des bombes.

Le traumatisme a eu une telle ampleur…
Ça s’est transmis de génération en génération.

La deuxième guerre, ça a marqué aussi.
Mais on en parle moins.


LA SOMME
Avant il n’y avait que des roseaux sur les étangs.

En 1950, ils étaient encore exploités.
Je m’en souviens.
Et puis c’est passé.
C’est passé de mode peut être.
Quand on reste trois ou quatre ans sans couper les roseaux, les arbres poussent.

Les étangs c’est très bruyant.
Par exemple à cinq heures du matin en été, vous entendez beaucoup de bruit.
Des bêtes.

Il y a de l’activité.

Par contre, sur le canal de la Somme, il n’y a presque plus de péniches.
En un an, on peut les compter sur les doigts d’une main.

Actuellement, le canal n’est pas assez profond.
Il n’y a plus que des plaisanciers.


LES ANGUILLES
Je suis issu d’une famille de fermiers de pêche.
Je suis exploitant d’étang.
C’est un métier qui n’existe plus beaucoup.
Le poisson d’eau douce n’est plus reconnu.
Le seul qui avait de la valeur c’était l’anguille.
Ça a été une richesse pour la vallée, pendant très longtemps.

Les gens d’ici, on en mangeait deux ou trois fois par an.

C’est un poisson gras.
C’est un peu lourd.

C’est très bon pour le système cardio-vasculaire.

Aujourd’hui l’anguille est interdite de commercialisation.
La norme européenne a évolué en 2006.
Le taux de PCB autorisé a descendu.
On a été concernés tout de suite.
La Somme a un débit faible, une pente faible.
Les polluants font des dégâts conséquents.

Le PCB (polychlorobiphényle) était utilisé dans beaucoup de processus industriels.
On ne savait pas que c’était toxique.

En fait c’est une molécule très stable, qui ne se décompose pas, qui au contraire s’accumule.
Dans les graisses.
On ne sait pas exactement à quel point elle est cancérigène.

Avant, vous possédiez un étang, vous vendiez vos poissons, vous vendiez vos anguilles, vous vendiez vos roseaux, vous pouviez vivre.

Actuellement, le diable est dans les poules.
On a le droit de manger le poisson qu’on a attrapé, mais pas de le vendre ni de le donner.

Désormais la pêche est imbriquée dans le tourisme.


AUJOURD’HUI
Les années 70, ça a été une période faste.
Beaucoup de gens du Nord-Pas de Calais ont commencé à passer leurs vacances ici.
Beaucoup se sont installés quand ils ont atteint l’âge de la retraite.

Aujourd’hui, beaucoup de jeunes achètent par ici.
Il n’y a pas de bouchons, pas de feux rouges, les terrains ne sont pas très chers.
Ils tombent sous le charme.

Ils travaillent tous à 15 kilomètres minimum.
Ici il n’y a quasiment pas de travail, quasiment plus de commerces.

Encore un peu de commerce itinérant.

On commence à voir les jeunes faire leurs courses par Internet. Les plus anciens vont faire leur course en ville.

Les jeunes qui s’installent, ce sont des gens de la ville.
Ils ne participent pas beaucoup à la vie du village.
Par contre ils sont demandeurs.
Ils veulent des activités.

Il y a le projet de canal Seine-Nord-Europe qui devrait créer des emplois pendant sa construction.
Mais ensuite…

Et encore, si les entreprises ne viennent pas avec leur personnel.

Quand on veut faire draguer les étangs, ce sont les belges et les hollandais qui viennent.

Il va y avoir un pont bateau.
Les bateaux passeront au dessus des gens.

On est en zone Natura 2000.
Il faut protéger au maximum la faune et la flore.

Nous on demande que Natura 2000 se fasse avec l’homme.
Par exemple, les chasseurs, leur intérêt c’est que le gibier se pose.
Donc ils nettoient la nature aux alentours de leur hutte.
Si on supprime la chasse, il va falloir payer l’entretien.
Ça coûte très cher.

Le but, c’est de trouver une vraie vie, pas de se transformer en village gaulois.


LE TOURISME
La population n’a pris en compte que très récemment la valeur des paysages.
Elle n’avait pas conscience de la richesse de l’endroit.

Maintenant on est connus à l’international.

J’ai lu dans le courrier Picard qu’un américain va venir participer au marathon du pays du coquelicot.

La SNCF n’y a pas mis du sien.
On a la gare TGV à dix minutes.
On a demandé des arrêts fréquents.
Ils l’ont fait pendant six mois mais sans créer d’abonnements ou de tarifs préférentiels.
Peu de gens l’ont utilisé.
Au bout de six mois, la SNCF a tout supprimé.
Maintenant on ne peut plus aller à Paris en TGV, seulement à Roissy.

Depuis un an ou deux, on a de meilleures capacités d’hébergement.
On a un hôtel à Albert, des chambres d’hôte.
Si le tourisme se développe, on est prêt.

On attend que les anglais viennent en avion.
Mais avec la crise…

Il y a beaucoup d’anglais qui passent par ici.
Des australiens.
Ils rendent visite à leurs morts.
Ils plantent des fleurs dans les cimetières, des fleurs qui poussent aussi chez eux.
Il y en a même qui apportent des carrés de gazon.
A Albert, 80% des visiteurs sont des anglais.

J’ai des chambres d’hôte.
Les gens ne connaissent pas et ils tombent sous le charme.
J’ai reçu un anglais qui prenait tout le temps l’autoroute.
Il voyait le panneau “Vallée de la Somme“.
Comme il ne voyait pas grand chose, il s’est décidé à quitter l’autoroute.
Depuis il revient chaque année.

Il n’y a pas d’industrie dans nos villages, presque plus d’agriculteurs, je ne vois pas comment on va faire vivre les gens.
Il n’y a que le tourisme.

La restauration, ça manque un peu.

C’est qu’il n’y a pas beaucoup de restaurants, dans le coin.












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