- CREATION DU LIVRE-OBJET :
- 2007, Nous Travaillons Ensemble
- CREATION DU ROMAN-PHOTO :
- 2006, D. Lachaud & E. Larrayadieu
- 2004, O. Debary & A. Tellier
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3 mai, Chaînette, D. Lachaud
La chaînette
Aujourd’hui, nous avons rendez-vous à la base nautique d’Ault-Onival.
Vous êtes l’Association La Forge ? Bonjour. J’ai ouvert la salle là-haut. Je reviendrai vers quatre heures et quart. Alors vous avez vu, vous l’avez eue, votre subvention. On est content, quand c’est utile… Vous avez bien fait de demander deux mille euro, comme ça vous en avez eu mille. L’expérience montre qu’il faut demander plus pour obtenir moins… Bon, allez, je vous souhaite une bonne journée, je serai pas loin, il fait beau, je fais le plagiste, je reviens à quatre heures et quart pour fermer.
Le vent fait siffler les haubans des bateaux.
On a deux doubles-pages pour l’instant. C’est bien mais c’est pas assez. Ici il y en a d’autres. Celle-là, la verte. Celle-là aussi. Violet. C’est joli. Il faut broder maintenant. Moi j’aurai du mal à broder le français. On va le faire ensemble, Nouara. Tu tricotes de la chaînette ? Oui avec les doigts. Avec les doigts ? Ça va être gros. Non. Tout fin. Et comment on fait ? On écrit le mot sur la page avec la chaînette et on coupe la chaînette à la fin du mot. Toi aussi, Nicole, tu fais une chaînette ? Oui. Il faudra faire un nœud. Si tu coupes la chaînette. Il faudra faire un nœud. Sinon, elle va se défaire, la chaînette. Bon, et les lettres au crochet, ça donne quoi, tu as tes échantillons, Marie ? Tiens. C’est pas assez fin, hein, comment tu trouves ? On voit pas bien. Mais on peut pas faire plus fin. T’es sûre ? Sûre. Ma mère il me semble qu’elle en a des plus fins. Ils sont faits en machine. C’est du fil à coudre. Ah. Sinon, on a trouvé de la toile Aïda jaune. On a dessiné vos portraits dessus. Vos têtes, elles seront à l’intérieur de la couverture. Quand on ouvrira le livre. Et le tapis, il en est où, Maryline ? Le tapis ? C’est pas un tapis !
J’ai perdu ma carte d’identité alors je peux pas aller en Angleterre. Si j’arrive pas à obtenir un papier de la mairie, je peux pas y aller. C’est peut être un signe, ça veut dire que je dois aller à Amiens, l’Angleterre ça tombe le même week end que Leittura Furiosa. Si je vais pas en Angleterre, je pourrai y aller les trois jours. Ah et puis tant qu’on y est, David a quitté l’armée au bout de deux jours. Il a signé, il est parti, il a fait deux jours à l’armée puis il est rentré. Il avait six mois pour décider. Il a fait deux jours. Pourquoi il a fait que deux jours ? Je sais pas, il m’a pas dit, il vit plus à la maison, il se débrouille. Oh, il a rencontré une fille juste avant de partir… Ah ouais, alors il voulait pas partir trop loin.
Tout le monde est concentré. C’est calme. Le vent siffle dans les haubans, dehors.
Sylvie fait deux pages en demi-brides. Ouaaah, c’est super mais ça doit pas monter vite, y’en a pour combien d’années ? Une soirée. Deux peut être. Et toi Marie, tu fais quoi ? Ben la page avec les lettres au crochet. Je multiplie tout par deux, alors. Oui c’est bien, on photographiera la page et on la réduira, les lettres seront plus denses. A mon avis on les verra pas beaucoup mieux. Ou alors on peut broder sur les lettres avec un fil de couleur. Comme ça on les verra. Hein Marie ? Ouaiff. J’aime pas broder sur du crochet. Avec de la laine, peut être ? Ah ça non, ça ça me plaît pas. Faut essayer pour voir. Non. Pas la laine. Il faut penser que le résultat, c’est la photo, même si le crochet brodé te plaît pas, ça peut être joli en photo. Non. Pas la laine. Le fil, alors ? Allez passe-moi du fil. Pourquoi tu fais cette tête, Marie ? Ça lui plaît pas. Il me connaît bien, lui. Broder sur du crochet, ça me plaît pas. C’est joli parce qu’on voit bien que c’est cousu. Ça me plaît pas. J’aime pas faire ça. Passe-moi ton pieu, Maryline. Je vais le faire avec ton pieu. Voilà. Je brode je brode je brode, sur le crochet, ça me plaît pas mais je brode. Voilà. Ça vous va ? C’est bien comme ça. Non ? Mmmh… On part là-dessus, du coup c’est pas la peine de multiplier par deux, si tu les brodes, les lettres, on les voit bien. Tu les broderas ? Oui. C’est bien, non ? Ça me plaît pas de faire ça. J’ai besoin de mon pieu. Tiens, le v’là ton pieu, fous-moi la paix. Je vais faire de la chaînette, ça changera.
Moi je suis pas une spécialiste de la couture de chaînette. Comment on fait ? Tu écris le mot avec la chaînette puis tu le couds puis tu coupes la chaînette à la fin du mot. Oui mais n’oublie pas de faire un nœud quand tu couds. C’est quoi ta phrase, Nouara ? Mon grand-père est mort à Verdun. Bon. On va écrire “Mon“. Attention, il faut pas écrire trop gros, sinon on n’aura pas assez de place. C’est bon, on coud. Ah mais tout est parti. Le mot n’est plus écrit. Faisons le M. Voilà.
Moi je vois rien. On voit pas les trous dans la toile Aïda bleue. Il y a pas assez de lumière. Tu devrais t’approcher d’une fenêtre, Claudine. Le soleil passerait à travers les trous, tu les verrais. Claudine s’installe devant une fenêtre pour y voir clair. La pauvre, elle est punie. Elle est au coin. Qu’est-ce qu’elle a fait ?
C’est l’usine, ici. C’est sérieux.
Maryline a brodé “TRONCHE“.
Allez Nouara. Maintenant, on va écrire “mort“. Et si on l’écrivait en arabe, la phrase ? Mon grand-père est mort à Verdun. Oh non. Tu écris l’arabe ? Oui. Ça serait bien… En français et en arabe. J’aime bien en français, moi. Juste en français.
Ça va, Claudine ? Oui. Ça se passe bien ? Oui. Et toi, Henriette ? Ça va. Elle est grande, cette page que tu tricotes. Oui… T’es en train de te faire une écharpe, là. Hi hi hi. C’est joli.
Tu pars en vacances, cet été, Henriette ? Oui, à Gardincourt. Le matin dans ch’gardin, l’après-midi dans la cour.
Denis Lachaud
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