- 2008-2010, à L'Étoile, Somme
- 2009, à Koudougou, Burkina Faso
- 2008-2009, aux Malmaisons, Paris
- En Thiérache du centre, Aisne
- La lettre "Et le Travail ?"
- 2005-2008, premières étapes
- Avant, en 2004, à Belfort
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Paradoxes, Sophie Douchain
 Il peut paraître paradoxal d'envoyer de la friperie à un pays producteur de coton, et pourtant cela ne l'est pas autant que cela.
Le centre de tri relais de l'Etoile expédie des balles de mêlé, c'est à dire des balles de différents types de vêtements, dans différents pays, et notamment au Burkina Faso. Il y existe un seul centre de tri: Toum Song Taaba, qui signifie travailler en s'entraidant en langue mooré. Et il est implanté à Koudougou. Ces balles de mêlé sont ouvertes au « pavé d'ouverture ». Les vêtements sont alors triés par genre puis envoyés dans différents ateliers ou ils seront re-triés et différenciés par choix, par matière et par taille enfant. Il existe trois choix différents. Dans le premier, les vêtements sont comme neufs, dans le deuxième un peu moins et dans le troisième ou village, ils sont fatigués, usés, gâtés. Intervient également dans ce tri, les critères d'esthétiques. Par exemple une jupe courte ira dans le bac ado ou dans le troisième choix, simplement parce que ce n'est pas dans la culture du pays de montrer ses jambes. Les vêtements sont ensuite pressés et conditionnés dans des petites balles roses. Celles-ci sont vendues à des commerçants dans tous le pays, ainsi qu'au Ghana. Les commerçants en « craqueront » certaines pour une revente directe à d'autres commerçants qui installeront leur marchandise directement dans la rue.
Si le relais a choisi de s'installer à Koudougou, ce n'est pas par hasard. Cette petite ville connaît depuis 2001 un fort taux de chômage, suite à la fermeture de l'usine textile Faso Fani. Elle produisait entre autres des pagnes et des Dan Fani (vêtements traditionnels) en coton. Elle employait à une certaine époque 800 personnes. (Toum Song Taaba emploie actuellement un peu plus de 150 personnes, prestataires compris).
Ce n'est pas par manque de coton que l'usine a fermé, puisque la production de coton n'a cessé d'augmenter jusqu'en 2006, pour atteindre 710 000 tonnes, et ce malgré les conséquences désastreuses des subventions qu'obtiennent les pays riches pour leur production. Mais par le prix exorbitant de l'électricité, des charges de transport énorme (le Burkina étant un pays enclavé, et donc sans frontière maritime), une dette de la part des commerçants d'environ deux milliards de francs CFA, et surtout l'arrivée sur le marché des pagnes et du prêt à porter chinois à un prix défiant toute concurrence. La vétusté des machines freine la reprise de l'usine par des privés, et la Sonabel (entreprise d'électricité) ne serait certainement pas en mesure de fournir la quantité nécessaire d'énergie pour son bon fonctionnement. Alors « on exporte la matière première. On attend le produit fini ». Le Burkina exporte 95% de sa production de côté brut. Et maintenant la Dan Fani est réservé à l'élite. C'en est presque devenu un habit de haute couture.
Il ne faut pas croire que l'Afrique soit la poubelle de nos vieilleries, et que l'Europe influe sur le choix vestimentaire en envoyant des fripes (les médias s'en sont déjà chargés). Elle permet à une certaine population de pouvoir se vêtir à moindre frais, et la plupart les préfèrent au prêt à porter chinois. Les vêtements sont de meilleure qualité et possèdent selon eux un côté unique.
Mais un réel manque d'information est à palier des deux côtés. Du notre, peu de gens savent qu'en donnant des vêtements, ils vont être revendus en Afrique et créer des emplois (ramassage, tri, acheminement, tri, lavage, raccommodage, revente). De l'autre, certains n'imaginent même pas la provenance, d'autres peuvent penser que s'ils sont vendus, c'est pour rembourser les frais de transport, d'autres encore que les vêtements premier choix sont tous neufs...
Sophie Douchain
Extrait de « Solo d'un revenant », Kossi Efoui
« Dans mon enfance, Petite Tante racontait que les friperies qui voyageaient jusqu'aux côtes d'Afrique, dans le ventre des bateaux venaient des garde-robes de gens qui mouraient là-bas en Europe et en Amérique, où il était coutume pour les familles éplorées de brader au kilo les vêtements de leurs défunts. Et parmi ces morts dont nous portions les accoutrements, il y en avait qui étaient morts dans une guerre disait Petite Tante. Le marchand qui l'écoutait prenait ça pour une tentative de critiquer les prix pratiqués: « trop cher pour une chemise de mort, c'est ça que vous voulez dire », et coupant court au marchandage malhonnête: « une grande guerre en Europe, c'est ça que vous voulez dire, et ça fera baisser les cours des chiffons en ballots? » Les ballots dont il n'est pas rare de voir sortir aujourd'hui des lots de manteaux, et même des chapkas, au plus vif du climat soudanien. Et même des après-skis dont on ne sait pas comment ceux qui les achètent s'accommodent. Mais on s'accommode, on s'accommode. »
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