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Et le travail ? 2004...



Harouna de Faso Fani, S. Douchain

 

Harouna, ancien comptable de Faso Fani.

À Faso Fani, il y avait plusieurs secteurs :
- Impression pour les pagnes,
- Administration,
- Maintenance,
- Filature,
- Filage.

J’ai fait 26 ans à l’usine, jusqu’à la liquidation le 31 mars 2001.
C’est après les études, que je suis venu à Koudougou. Je faisais un peu la comptabilité.
L’usine est née en 1968 et a fonctionné en 1969.
Quand je suis arrivé, on était 300. Il y a eu une extension, on était 800 avec l’atelier tissage qui tournait 24h sur 24. On était trois équipes.
En 1990, ils ont dégraissé, on était 400.
Ça ne marchait pas très bien, parce que les chinois sont venus. Ils ont dit qu’ils allaient photographier les appareils pour nous aider à les restaurer.
En fait, ils ont recopié et refait les mêmes motifs, mais ils ont vendu moins cher. Ils vendaient en mètre, alors qu’à l’usine, on vendait en yard, en pagne.

Les machines venaient d’Allemagne, elles étaient retapées.

C’est ainsi que la production a commencé à baisser. Au lieu de travailler à temps plein, on travaillait 18h.

L’énergie coûtait cher aussi.
On travaillait avec le Bénin, Mali, Togo, on était obligé pour avoir la matière première.
Les produits finis coûtent plus cher.

Avant, l’usine appartenait à des Allemands, belges, français, italiens, espagnols. Ils ont tout cédé en 78 à l’Etat Burkinabé.

Avant ça marchait très bien.
En 98, il y avait la politique, il a fallu casser le pays.
Le 7 mars 2000, la liquidation a été prononcée au conseil des ministres.
Le 31 mars, il n’y avait plus qu’une équipe légère pour liquider les instances.
Ils voulaient donner les lettres de licenciement et attendre qu’ils aient besoin de nous.

Les droits de licenciements ont été répartis sur 5 ans. 1/5e tous les ans. Il y avait aussi les arriérés de salaire et les préavis. Trois mois pour les cadres et un mois pour les ouvriers. Plus une indemnité spéciale de 12 mois.
On a essayé de se battre pour avoir plus.
Juste avant le licenciement, il y avait des gens qui devaient bénéficier d’une catégorie supérieure. Ils ont pris un avocat. L’affaire est toujours en cours.

Il y avait des Européens pour les postes de techniciens supérieurs. Ils viennent, font un contrat de deux ans et repartent. Il y avait une cité pour eux. Chacun avait une villa avec trois  ou quatre chambres, un gardien, un cuisinier, un véhicule qui emmenait les dames au supermarché et un billet d’avion pour les vacances.

Quand les Européens étaient là, les salaires n’étaient pas si costaud, mais il y avait toujours du travail, des commandes.
Après, les salaires ont gonflé, mais les commandes étaient plus faibles.
La plupart des techniciens étaient formés à Wallers, dans une vieille usine qui employait 2000 personnes. À Gonfreville, il y avait une école de formation. Ici, c’était la pratique.
La plupart des cadres et des techniciens ont été formés sur le tas.

Il y avait trop de charges, avec les produits chimiques, les colorants qui venaient d’Europe.
La cretonne venait de Lomé.

Pour le coton, il n y avait pas de problème. Il était à moins de 30mn. Sofitex est juste derrière les rails.
Le coton était à moins de 400 FCFA/kg.

En 2006, l’usine a ré-ouvert sous le nom de Fasotex, mais que le secteur teinturerie, avec un chef de section, deux comptables, cinq personnes à la direction, une seule équipe de dix pour le dessin et dix personnes pour les encadreurs.
Le travail n’est pas continu. Dès qu’ils ont une commande, ils les font venir. C’est selon les évènements.
Quand on a fermé les commerçants nous devaient 2 milliards, qui étaient partis à la direction des recouvrements de contentieux. On devait à l’Etat 3 milliards. Ce qui correspondait aux taxes de douanes, électricité…
Si on faisait la balance, les dettes étaient de 1 milliard. On avait arrêté de payer les salaires.
Maintenant, c’est des vacataires, s’il y a un accident, tant pis.

Il y avait deux batteurs où on introduisait le coton,
Cent vingt métiers à tisser,
Quatre rangées de cent métiers pour la filature.
La consommation de coton, c’était pas peu.
En fin d’année, on a payé 600 millions de coton. On commandait peu de cretonne.
Quand on a été en crise avec le coton, on a fait appel à Gonfreville pour avoir des fils.
On envoie le stock de fils et ils convertissent en cretonne.

Dans le bon vieux temps, on était indépendant.
On faisait des tee-shirts, des serviettes de table, des gants.
On avait des tourneurs qui fabriquaient les pièces des machines défectueuses. On avait des soudeurs, des maçons. On était indépendant.
On avait une équipe pour les incendies. Ils s’habillaient comme les sapeurs. Il y avait fréquemment des incendies dans la filature.

On avait un bassin qui récupérait les eaux sales et qui les transformait en eau propre.
Avant, c’était rejeté directement, mais quand l’eau passait dans les villages et que les animaux en buvaient, ils mouraient.

Il y avait une infirmerie, mais le docteur n’était pas sur place, mais il y avait un infirmier diplômé d’état.

Au niveau administratif, il y avait la direction générale ; les secteurs technique, financier, comptabilité analytique et générale, informatique, commerciale et approvisionnement.

La filature était la section qui employait le plus de monde.
La teinturerie ne faisait que les fils.
L’impression, uniquement les pagnes.

Certains sont arrivés avant nous, ils ont fait presque 32 ans, d’autres 18 ans.
À la fin du mois, on se dit : « j’ai un salaire ». Après le licenciement, il faut vous reconvertir, c’est difficile. Beaucoup ont raté dès qu’ils ont eu l’argent.
J’ai investi dans l’élevage, avec mon argent.
D’autres se sont reconverti en mécanicien, acheteurs d’animaux. Mais beaucoup n’ont pas pu finir, parce qu’il y a les enfants à supporter.

À l’usine, par trimestre, on était payé :
400 000 FCFA pour la direction générale,
275 000 FCFA pour un cadre moyen,
175 000 FCFA pour un ouvrier. Il fallait faire des heures supplémentaires.
Le plafond des retraites, c’est 275000 par trimestre. Si vous avez 90000, on vous met en mensualité depuis 2008.
La pension, c’est minable.
Il y a eu beaucoup de maladies. Il y a eu trop de malheureux.

Il y avait une association qui a donné une fois, à chaque famille un sac de maïs. Donc, c’est nous qui nous occupons de nos enfants.

Il y avait les crédits des ouvriers, des dettes. Beaucoup sont morts.
Il y en a qui prenaient deux femmes. Avec le mal qu’ils avaient, beaucoup sont partis.
Les enfants se sont débrouillés. C’et devenu des petits mécaniciens, des maçons.

La première compression, à la révolution, les salaires des gens ont été rabattus. C’était la rectification après Sankara, au temps de Blaise Compaoré.
Le rabattement des salaires, c’était 25% pour les cadres, 15% pour les ouvriers.
Il y a des personnes à qui on a dit « Si vous voulez rester, vous baissez d’une catégorie». Ils ont paniqué, ils sont partis, certains sont morts.
Pendant ce temps, il y avait les enfants à éduquer.

L’Afrique continue à souffrir et entre nous on ne s’aime pas.
Maintenant si vous choisissez un patron, vous lui rapportez des nouvelles des chefs d’équipes. Avec les Européens, c’était la production, si vous veniez pour dire qu’untel avait fait ça, ils répondaient qu’ils ne voulaient pas entendre parler de ça.

Koudougou est trop petit.
Trouver une autre usine pour s’intégrer, c’était difficile, surtout quand tu étais fileur ou batteur.
Il faut aller au Mali. Ce sont des chinois qui ont racheté.
Ils veulent privatiser.

Le coton…
Le coton Bt c’est mieux comme ça, il faut acheter.
Nous sommes devenus des consommateurs du produit.
On exporte la matière première. On attend le produit fini.

On n’a pas de côte, ça coûte cher d’importer. Passé 30 jours, dans les ports, il y a les taxes.
L’électricité coûte très cher aussi.
Pour installer une usine, c’est trop compliqué. Une usine comme Faso Fani, la Sonabel ne pourrait pas fournir en électricité.

Chez nous quand on dit chômeur, on chôme à 100%.

 

 

 








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