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Et le travail ? 2004...



Annick, Denis Lachaud


Les matières


Je suis arrivée le 19 janvier
avec mes autres collègues de travail
on est partis six semaines à Bruay en stage
Avant de travailler ici j’ai travaillé chez JPR à Amiens
quinze jours pour faire un dépannage
Mais autrement j’ai travaillé chez VKR pendant un an
J’étais opératrice sur machines
Je débitais du bois je faisais des coupes
du réglage
ici nous sommes plusieurs filles
On travaille sur le tapis
Quand on est au poste 1 on éclate le linge qui arrive et on annonce aux suivantes
layette coupe lourde coupe légère
tout ce qui est mouillé
la brûle
De l’une à l’autre on se dit
comme ça les suivantes savent ce qui arrive
Les garçons sont au trou ils craquent les sachets
L’une de nous est au trou avec eux on tourne tous les jours
Celle qui est au trou éclate le linge qui monte pour qu’il ne soit pas trop plié comme ça la première en haut elle a moins de travail
C’est un roulement
C’est une chaîne
S’il y en a une qui ne fait pas son travail tout suit
Tous les jours on change de poste
Au trou aussi
On a des bidons derrière nous
des chariots devant
On trie le beau linge qu’on appelle la boutique qui ensuite est retrié et rangé pour partir en magasin
à Abbeville et ici à l’Etoile
Par la suite il y aura d’autres magasins
si tout va bien

Le matin je me lève à six heures et demie
Je déjeune je fais mon petit brin de toilette je décolle de chez moi il est sept heures et demie
De temps en temps je m’arrête chez le boulanger je prends un petit gâteau
On est gourmandes
à tour de rôle c’est chacun sa journée
J’arrive là il est huit heures moins dix
Je mets mes affaires au vestiaire et à huit heures moins cinq avec mes collègues on entre dans l’usine
Avant dans la cantine on regarde sur le planning si on est au poste 1 au poste 2 ou au poste 3 ainsi de suite comme ça on sait où se placer dès qu’on arrive
Une fois arrivées là-bas on met notre petit tablier
qui veut bien sûr
moi je mets un petit tablier
Après je prends mes bidons je les place derrière
Je vérifie que les chariots sont bien positionnés là où je dois jeter mon linge
Pour ne pas le jeter n’importe où
et puis voilà c’est en route
ça démarre et voilà
la journée comme ça
Il y a une pause à dix heures moins le quart et donc on sort
on boit notre petit café chocolat puis on prend notre gâteau
Après on reprend jusqu’à midi
Toujours la même chose
Sébastien vient nous tasser les chariots quand on l’appelle
Quand ils sont trop pleins il les change pour ne pas que ça déborde sinon ça se mélange
Il est tout seul donc il court beaucoup
Il va aux presses il revient avec les chariots disponibles
C’est pas évident non plus
Quand il n’y a pas trop de chariots disponibles Sébastien galère un peu
C’est un roulement
Il y a deux tapis alors il faut des chariots pour tout le monde mais en gros ça se passe bien
A midi on sort on mange entre nous on discute on raconte un peu notre matinée Tiens aujourd’hui on a eu beaucoup de linge qui n’était pas très beau
plus de mouille
plus de brûle
On se dit ce qu’on a vu
Chacune dit ce qu’elle a vu de beau
parce qu’on a chacun son truc
On reprend à une heure et après on a une pause à trois heures et quart
jusqu’à trois heures et demie
Là on ne mange pas de gâteaux
On boit un petit café un petit truc
pause pipi on en profite entre deux autrement quand on est sur le tapis on appelle quelqu’un qui vient nous remplacer
Marie-Christine
on appelle et elle vient vite fait
elle sait qu’on ne peut pas rester une journée comme ça
Le soir on finit à quatre heures et demie
on prend nos sacs on se dit au revoir à demain et puis voilà
Et le lendemain rebelote
Tous les jours pareils je veux dire

C’est physique comme travail
Les bras travaillent beaucoup
Il faut ramasser les blousons les gros manteaux tout ça c’est lourd
Au trou quand il y a beaucoup de pulls c’est fatigant quand il y en a beaucoup beaucoup il faut courir pour ne pas en laisser trop passer
On ne peut pas tout enlever il en passe un peu l’autre derrière elle ramasse et ainsi de suite
Mais bon en fin de journée on sent quand même la fatigue

Le tapis au début ça me tournait oh là là avant j’ai travaillé sur des machines c’était pas la même chose c’était pas le même mouvement
Là le tapis il tourne il tourne c’est vrai qu’au début il faut s’y faire
La première semaine ça me tournait oh là là
J’avais des nausées on avait des nausées
Et puis après ça a été
Maintenant j’y pense plus du tout
J’adore mon travail j’aime bien
Et puis la mentalité l’ambiance
on est un bon groupe je veux dire
il y a une bonne entente entre nous

Au début tout ce linge c’est impressionnant on se dit Mince qu’est-ce qu’il y a comme linge
il faut reconnaître le trop
Bon le trop c’est facile c’est la laine mais le gardé
la coupe légère le blanc le sale
tout ça
il ne faut pas mélanger
la layette lourde pour l’hiver
la layette légère
Donc au début il y a plein de choses oh là là
Mais non
C’est un truc à prendre
On a été en formation On nous a bien expliqué tout
Au début on emmenait des petits bouts de tissus chez nous pour repérer
Tiens ça c’est du gardé ça c’est de la coupe légère
pour avoir des petits repères
ça nous a quand même aidées
Quand on avait un doute on posait sur un bidon et on demandait aux plus anciennes on disait A notre avis c’est du gardé qu’est-ce que tu en penses elle disait oui ou non
C’est pas évident quand on ne connaît pas les matières
Et puis c’était pas du tout mon rayon moi c’était la machine la mécanique le bois donc me retrouver dans du linge
J’ai appris ici et maintenant je suis contente

Il faut rester concentrée
Pas le temps de penser à autre chose ou d’avoir la tête en l’air
Sur le tapis je suis sur le tapis moi
Je suis dans mes chiffons ma journée
à part à la pause
On décompresse
Au début la nuit je voyais le tapis avec le linge qui défilait je me réveillais je me disais Non c’est pas possible
C’est vrai
Pas toi Cathy ?
Moi si au début ça me le faisait
Maintenant ça va mieux mais au début oui
Je voyais le tapis tourner
Pas toute la nuit mais souvent
Les premières semaines
Maintenant ça va

Maintenant quand je vais dans une boutique je reconnais le tissu tout de suite je sais bien ce que je vais acheter
Maintenant je connais les matières
Je sais ce qui se déforme plus ce qui se déforme moins
Je vois les matières
je sais si ce sont de bonnes matières ou pas
C’est un atout


Denis Lachaud
mai 2009









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