.................................. Vidéo Eric Larrayadieu 1er mai 2009 à Guise
La Fabrique des slogans
Dans les boîtes il y a des mots. Dans une boîte des verbes, dans une boîte des noms, dans une boîte des adjectifs, et aussi des pronoms, des expressions, ON S’EN FOUT, ET QUE ÇA SAUTE, d’autres expressions. On est à Guise aujourd’hui, comme l’an dernier, comme celui d’avant… Aujourd’hui on vient avec plein de mots et des pancartes vides. Il s’agit d’inventer des slogans. C’est le 1er mai. Chacun choisit ses mots et on les colle sur une pancarte.
Les parents sont venus au Familistère avec leurs enfants. Il y a une fanfare. Il y a du théâtre. Un funambule. Ce sont les enfants qui s’approchent des mots dans les boîtes, sur les tables. Ce sont les enfants qui inventent des slogans. « OUI ON REVE DE CHANGEMENT » « Y’EN A MARRE CON NOUS CAROTTE » « ON A ABOLI L’ESCLAVAGE POURQUOI PAS LE TRAVAIL ? » « IMPOSSIBLE DE LAISSER LA PLANETE DEGUEULASSE » « SAUVONS-NOUS DE LA GALERE » « A BAS L’EXPLOITATION VIVE LA REVOLUTION » « ON VEUT L’AMOUR ET PAS LES MALHEURS » « TOUJOURS RESISTER CONTRE LES GROS ARNAQUEURS » « ON AIME LES DIMANCHES MYSTERIEUX » « IL EST TROP TOT POUR MOURIR »
- « TRAVAILLER MOINS JOUER PLUS » voilà une bonne idée. - C’est bien comme slogan ? - Tu fais ce que tu veux mon chéri, c’est toi qui fais ton affiche. - Après la manif je le garde. Je le collerai sur la porte de ma chambre.
- Est-ce que tu as une idée de ce que tu as envie de dire ? - Y’a le mot CHOMAGE là-dedans ? - Chômage ? C’est quoi ça ? ça existe plus. On est protégés… - Où sont les verbes ? - Il voulait pas venir, José ? - Il est là je crois. - Moi je sais pas. J’ai pas trop d’idée. Vous avez TRAVAILLER ?
- Finalement ça me plaît bien. C’est pas très original mais bon. - C’est quoi ? - « LA REALITE ÇA SUFFIT ON VEUT RIRE »
- Tu as mis de la colle partout ? - Non, je suis pas passée sur MOURIR.
- Il me faut un DE. Allez cherche ma fille, travaille.
- - « IL N’EST JAMAIS TROP TARD POUR S’INSTRUIRE » Tu y crois ? - Heureusement qu’elle y croit. Elle est en troisième. - C’est à mon âge qu’il faut y croire.
- Bernard, viens voir le slogan de Juju. - « DIRE ON S’EN FOUT ÇA SUFFIT » - C’est bien mon chéri, tu te sens concerné.
- - « ON EST DIMANCHE » C’est juste une constatation, ça. Faudrait que tu trouves une idée que tu as envie de défendre. Plus tard : - « ON AIME LES DIMANCHES MYSTERIEUX » C’est un bon slogan, ça.
- Eh maman j’ai trouvé une belle phrase : LICENCIEMENT. - Il sait même pas ce que ça veut dire. - Ben si quand même.
- Ils ont une culture slogan tous ces jeunes, hein. - On n’est pas des jeunes ont est des enfants.
- Tu sais pourquoi on doit travailler ? C’est à cause de nos ancêtres. Avant on n’avait pas besoin de travailler.
Les parents suivent. Ils regardent leurs enfants choisir des mots, inventer des slogans. Et finalement, ça leur donne envie. Les parents s’y mettent. Pourquoi ne par dire quelque chose, au fond. Quelque chose qu’on a envie de dire. Pourquoi ne pas en profiter. Les parents cherchent les mots. Et quand ils ne les trouvent pas, ils demandent une paire de ciseaux. Ils découpent les lettres et composent les mots. « ON S’EN FOUT ON EST VERT DE RAGE » « SUER MOINS DORMIR PLUS » « JAMBON – POIREAU – CORNICHON – MOUTARDE – ACTIONNAIRE » « ON VEUT PAS ETRE ARNAQUE ON VEUT SE DEFENDRE » « Y’EN A MARRE D’ETRE AU CHOMAGE » « VEILLER SUR / PAS SURVEILLER » « LES FRITES ÇA SE MERITE » « LES ACTIONNAIRES AU BOULOT FERAIENT PAS DE VIEUX OS » « ON EST POUR LA VIE EN ROSE » « ON VEUT TOUUUT »
- Il me faut un S. - Tiens, SALAUD, prends le S. - Oh non ne coupez pas le S de SALAUD, on risque d’en avoir besoin. - Ouais, ça ferait un salaud de moins.
C’est bientôt le soir. On manifeste. On défile d’un bout à l’autre de la fête. Chacun porte sa pancarte. Et puis la manif se disperse. On voit des familles quitter le Familistère en emportant leurs pancartes. Chacun emmène ce qu’il a dit, les mots qu’il a choisis. On emmène sa phrase de colère, sa phrase de désespoir, sa phrase de rêve. On emmène son slogan avec soi. On ne peut pas encore s’en séparer. Il nous parle et parle de nous.
- Maman ça veut dire quoi LABEUR ? - Ça veut dire travail.