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Et le travail ? 2004...



Naomi, Suzanne..., D. Lachaud

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graphisme de Nous travaillons Ensemble



NAOMI
J’ai mis des annonces. Il y a quelques endroits où j’ai mis des annonces. Pour du baby sitting. Un monsieur m’a appelé. Je lui ai dit que je n’avais pas de papiers. Il m’a dit qu’il allait discuter avec sa femme. Il doit me rappeler.

SUZANNE
Ceux qui appellent ne cherchent pas une femme pour travailler, ils cherchent une femme. C’est souvent comme ça. On voit toutes sortes de choses, ici. Pendant 27 ans, j’ai été secrétaire à la direction générale d’une compagnie aérienne. Dans mon pays. J’ai dû m’arrêter à cause de problèmes de santé. Je suis venu ici pour me soigner. Je croyais que je serais régularisée. Mais non. J’attends. Comme tout le monde.
Je n’ai jamais travaillé ici. On me soigne.
Au téléphone, je pleure. Mes enfants me disent de rester, même si je pleure. Ils me disent “Pleure si tu veux, mais reste. On entend dans ta voix que tu n’est pas malade“. Si je rentre, je ne pourrai pas me soigner en cas de crise. Et on ne me donnera pas de visa pour revenir ici. Mes amies sont mortes. A chaque fois qu’on m’appelle c’est pour m’annoncer un décès.
A mon âge j’aimerais bien m’occuper de petits enfants, pour que ça me rappelle mes petits enfants. Dans une cantine de maternelle, par exemple.
Ou alors, comme je suis en France, que je ne suis pas morte comme mes amies, j’aimerais m’occuper des gens qui sont faibles.
Je fais du tricot j’apprends à tricoter. Je fais de la couture. Tout ce que je n’ai pas eu le temps de faire.
Ici, les étrangères ont pratiquement toutes le même problème.
Les papiers.
Il faut attendre et espérer que ça ira mieux et si ça ne va pas mieux, foutre le camp et rentrer chez soi.

ANNE-LAURE
Je travaille dans la restauration. Depuis 2 ans. Je m’occupe du petit-déjeuner, des entrées, des fromages. Je suis à la partie froide. Nous sommes une équipe de 22 à 24. Nous travaillons avec des vieux, des invalides de guerre. Les rapports sont très tendus dans l’équipe. Je suis une nouvelle recrue. Les anciens ne cessent de me le rappeler. Ils ont de l’expérience, c’est vrai, mais j’ai des capacités intellectuelles qui me permettent d’aller plus vite qu’eux. Ce travail ne correspond pas à mon niveau d’études.
Au départ mon rêve c’était l’informatique. Je suis allé jusqu’au DUT. Dans mon pays. Ici il fallait une équivalence. Il fallait que je retourne à l’école. Je devais faire une mise à niveau. Je n’avais pas de quoi payer. Je n’avais rien. Ils disent que ce n’est pas la même qualité d’enseignement. Ils y a des choses ici qu’il faut acquérir pour se lancer sur le terrain.
Dans mon pays j’ai fait des stages en entreprise. On reste 1 à 2 mois, on ne peut pas commencer un travail et le terminer.
Au niveau des papiers, je ne suis pas tout à fait en règle mais oui. Pas tout à fait mais oui. On peut dire que je suis en règle.
Au travail, je remplace quelqu’un qui n’est pas là. J’ai un CDD. Avant, c’était des CDD en tant qu’intérimaire. Maintenant j’ai signé un CDD. Le chef dit que c’est permanent. Moi même, je ne comprends pas ma situation. Il y a cette procédure concernant le contrat de la personne que je remplace.
Je travaille 35h. Il m’arrive de faire des heures supplémentaires mais j’ai dit que je n’en ferai plus. Quand je fais des heures supplémentaires, je suis moins payée. Je travaille plus pour gagner moins ! On a fait venir quelqu’un d’un syndicat. En ce qui concerne les bulletins de paye. On ne comprend rien aux bulletins de paye. Les heures supplémentaires n’apparaissent pas. Quelqu’un est venu, il est allé voir le chef du personnel. Je n’étais pas là. Je ne sais pas ce que ça a donné.
Ça fait du bien de s’occuper des autres quand on travaille avec les vieux. Ils nous parlent de leur jeunesse, de leur vieillesse. Ça nous rappelle qu’on va vieillir.
J’aimerais bien continuer dans cette entreprise mais dans les bureaux.


Pourquoi fait-on ça ?
Pourquoi vient-on vous écouter ?
Parce que vos paroles nous concernent.
Parce que votre histoire dans notre pays c’est l’histoire de notre pays. Parce que votre histoire c’est notre histoire. Parce que nous avons besoin de vous entendre, d’entendre ce que vous avez à dire. Nous croyons en la parole. Nous croyons que la parole fait exister. Vous avez des choses à dire. Vous les dites et nous les écoutons. Ensemble nous faisons exister votre parole. Nous souhaitons la placer au cœur de notre travail. Nous considérons que notre travail d’artiste tire sa richesse de l’échange. L’échange entre vous et nous. A partir de cet échange nous travaillons. Nous ne savons pas à quoi ça sert. Pas précisément. Nous ne pouvons pas dire précisément à quoi ça sert. Nous croyons que ce travail sert. Ça sert.









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