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Et le travail ? 2004...



Questions, Denis Lachaud

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C’est du travail

-    On vous propose aujourd’hui de répondre à quelques questions sur le travail.
-    …
-    Que faisaient ou font vos parents comme travail ?
-    Mon père était douanier. Au Mali. Il est à la retraite.
-    Mon père était cultivateur. Il n’a pas été à l’école. Moi non plus je n’ai pas été à l’école. Mon père ne voulait pas m’envoyer à l’école. Les filles, c’était pour le mariage. Je me sauvais pour aller à l’école. Quand je revenais, il me tapait. Je me suis fatiguée. Le français que je parle, je l’ai appris au marché en vendant des poissons, en entendant les autres parler. On nous a appris à puiser l’eau à la rivière, à laver les assiettes, à faire le ménage, à aller au champ. C’est tout ce que je connais. J’avais rêvé que je serais une sœur de l’église. Ça m’avait intéressée. Quand je suis arrivée ici, on m’a demandé si j’avais des enfants. J’ai dit oui. On m’a dit que je ne pouvais pas être une sœur de l’église.
-    J’ai été à l’école. Je suis née d’un mariage forcé. Je n’ai pas été élevée par mes parents mais par le grand frère de mon père. Il ne travaillait pas, il était commerçant.
-    J’étais commerçante, je vendais du poisson et c’est du travail ! Tous les matins à trois heures, j’allais à la poissonnerie pour prendre le poisson et j’allais au marché pour le vendre. Toute la journée. Jusqu’à six heures. Puis je rentrais chez moi et je dormais. C’est comme si j’avais une montre dans la tête. Je me réveillais à trois heures.
-    My father was carpenter… Mon père était charpentier. Au Sri Lanka. Je n’ai pas été à l’école.
-    Mon père était directeur de prison. Ma mère, commerçante. Après le bac, j’ai fait une formation bancaire mais malheureusement je n’ai pas pu travailler, j’ai dû rejoindre mon mari dans un autre pays. Dans ce pays, je n’ai pas pu exercer mon métier, seulement le commerce. J’avais envie de travailler dans une banque, je devais travailler dans une banque. Je croyais que je pourrais trouver un travail en voyageant, mais ce n’était pas la réalité de ce pays-là. C’était autre chose.
-    Comment imaginiez-vous le travail, ici, avant de venir ?
-    On pensait qu’il y avait du travail, mais ce n’est pas la réalité. Toi tu peux faire des études, ici tu es femme de ménage.
-    C’est dur. Le ménage, ça transpire. Ça donne mal aux reins, aux bras. Il y a des gens qui insistent pour qu’on fasse le ménage à quatre pattes, les genoux par terre. Moi je refuse. Je ne peux plus me redresser quand je me relève. Pour gagner dix euro, c’est dur. Parfois ils restent derrière nous, ils nous surveillent. Ça me gêne.
-    C’est humiliant. Toi tu as fait les études et c’est parti. Comme ça.
-    Moi je n’ai pas de travail.
-    Même les enfants c’est dur. Les personnes âgées.
-    Comment cherchez-vous du travail ?
-    Par connaissances. Bouche à oreille.
-    Depuis le mois de janvier, je suis inscrite à l’ANPE. Ils n’ont pas trouvé. Il faut faire une formation.
-    Parlez-vous entre vous des difficultés du travail, des problèmes que vous rencontrez ?
-    Entre nous les hébergés ? Oui, c’est comme ça que j’ai trouvé une enfant à garder. Deux heures.
-    La femme chez qui je fais le ménage, elle est cadre dans une banque. Je la vois le mercredi. Il faudrait avoir l’occasion de parler avec elle.
-    Qu’est-ce que vous voudriez faire aujourd’hui ?
-    Aide soignante. C’est vite fait. Quand on a une formation, on trouve vite.
-    Moi je veux faire du commerce, mais je n’ai plus l’âge. Comme je n’ai pas été à l’école. Comme je ne peux pas lire. Si j’avais les moyens. Et les pieds (je suis infirme). Si j’avais l’argent, je serais à Château Rouge.
-    J’aimerais bien avoir un travail fixe. Je serais sur place. Je serais tranquille.
-    N’importe lequel ?
-    Oui. J’aime bien travailler avec les personnes âgées. Ça esquinte le dos mais j’aime bien.
-    Moi j’aimerais être infirmière. Mais ce n’est pas possible. Si tu n’as pas les papiers, tu ne peux pas travailler ici.
-    Ménage. Baby sitting.
   A quoi sert le travail ?
-    A avoir des sous.
-    A manger bien, à vivre bien.
-    Quand je vendais mes poissons, j’étais bien. Personne ne me demandait “Où tu vas ? Où tu viens ?“
-    Le travail, c’est une source de vie. Sans travail tu n’es rien.
-    Tu n’as rien.
-    Ça aide à vivre.
-    Le problème c’est l’argent. L’argent et les papiers.
-    On n’a pas le choix. On est bien obligé de travailler.
-    Avez-vous un bon souvenir lié au travail ?
-    …

-    Souvenir comment ?
-    Garder les enfants. Tu ne fais pas grand chose. Les personnes âgées c’est pas facile. Une fois, j’ai emmené la dame chez qui je travaillais chez le médecin. Elle était handicapée, je l’ai portée pour la mettre dans le fauteuil. Le médecin m’a dit “faites attention à votre dos, jeune fille.“
-    Et vous ?
-    Le commerce, ça nous a aidés à payer le billet pour venir en France.
-    Moi je n’ai pas de bon souvenir. Je n’ai pas de travail. J’étais à l’école. Je suis ici à cause d’un mariage forcé. Ça a interrompu mon école.
-    Avez-vous des choses à dire sur le travail des hommes, le travail des femmes ?
-    On est six enfants. Quatre filles et deux garçons. Mes trois sœurs n’ont pas fini leurs études, mon père voulait qu’elles se marient. Après il a compris. C’était trop tard pour elles. Moi, il a voulu que je finisse mes études. Quand j’ai fini, il était très content. Grande fête.
-    Nos parents n’ont pas été à l’école. Ils avaient des idées dans la tête. Toi tu es toute petite, on te donne à un vieux. Le type est venu après ma première communion. Il a dit que j’étais grande. Je suis sortie, je suis restée chez mes amis jusqu’à ce qu’il reparte. Avant de mourir, mon père m’a demandé pardon. Chez nous, un père avait donné sa fille à l’école. C’était la première à avoir le brevet.
-    Mon père a vu, il y avait des filles qui faisaient des études brillantes. C’était trop tard pour mes sœurs, elles étaient déjà mariées. Pour moi, il a insisté.
-    Je repense à tout ça. Je ne vais pas bien dormir. Quand je pense au passé…
-    Ça ne fait pas du bien.









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