- 2008-2010, à L'Étoile, Somme
- 2009, à Koudougou, Burkina Faso
- 2008-2009, aux Malmaisons, Paris
- En Thiérache du centre, Aisne
- La lettre "Et le Travail ?"
- 2005-2008, premières étapes
- Avant, en 2004, à Belfort
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Abir, D. Lachaud
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Quand j’étais petite j’avais un rêve à exaucer. Etre pharmacienne. Des petites choses ont bloqué tout ça. J’ai fait des études pour devenir hôtesse de l’air. J’ai travaillé pour Royal Air Maroc. J’ai aussi travaillé dans un hôtel Mövenpick. Trois ans au service marketing. Ma mère voulait que je continue mes études alors je me suis inscrite pour une formation de Chef d’Escale. J’ai passé l’entretien. A ce moment-là je me suis mariée. Je ne sais pas si j’ai commis une faute. Le monsieur avec lequel je me suis mariée m’a interdit de faire des études et de travailler. Malheureusement je l’ai écouté parce que j’étais amoureuse. Deux ans sans travailler. Comme une esclave. Pas le droit de sortir. J’étais battue. J’ai oublié tout. Tout ce que j’avais appris. J’ai tout oublié. Même la langue française. Pourtant j’ai fait beaucoup de choses. J’étais motivée. Travailleuse. Après je n’ai pas fait mes papiers. Je me disais : demain aujourd’hui demain Mon divorce je ne l’ai pas eu. Ça fait un an que ça traîne. J’ai été hospitalisée plusieurs fois. J’ai été hospitalisée plusieurs fois en psychiatrie. Avec tout ce que j’ai vécu tous mes rêves sont partis. Ici ça fait deux mois. J’osais pas frapper à la porte. Il y a beaucoup de gens ici qui m’ont aidée. Mon rêve je vois qu’il est parti. Etre pharmacienne. Même hôtesse de l’air ça me plairait. Hôtesse de l’air à nouveau.
C’est moi qui ai fermé la porte. Je m’en veux à moi. Quand j’ai quitté le domicile conjugal j’ai cherché un petit travail au noir. J’ai travaillé chez une dame. Tous les jours sauf le dimanche. De huit heures à dix-neuf heures. Mal payée. C’est pas grave. Ma famille m’a dit tu prends ta responsabilité. Tu as choisi tu assumes. Après j’ai été hospitalisée.
On n’a pas de papiers. Même si on a des diplômes on ne peut rien avoir. Peut être que c’est le destin je me suis dit. De me marier pour souffrir. Pour l’instant je ne peux rien faire ; J’ai décidé de me battre. Je suis un peu motivée. Avant non. J’avais très très mal. Je ne dormais pas. C’est douloureux. J’avais un bon boulot. Là-bas j’étais bien payée. J’étais bien. Je voulais obtenir un diplôme le plus vite possible pour quitter la maison. Il y avait des problèmes.
Je ne sais pas ce qui va arriver après. Je vis jour après jour. Tout ça c’est une expérience pour moi. Je ne savais pas que la vie était comme ça. Que la vie est dure. Mes parents ne m’ont pas éduqué à ça. C’est pour ça que je suis tombée dans le piège. Peut être. Maintenant je vais me battre pour avoir mes papiers. Trouver une formation. Je ne connais pas mon destin. Seul Dieu. Maintenant j’ai vingt-six ans. Quand même ici c’est dur. C’est très dur. J’ai la chance d’avoir ce foyer. Manger dormir se laver c’est le plus important. On a ce dont on a besoin. Si on est malade. S’il y a quelque chose.
Quand j’ai quitté le domicile conjugal je suis restée trois mois dans un foyer pour les femmes battues. Quand j’ai quitté le domicile conjugal j’étais en pyjama. Je suis sortie en pyjama. J’ai demandé de l’argent aux gens pour appeler ma famille. J’avais tout arrêté pour me marier. J’ai écouté parce que j’étais aveugle. Maintenant j’ai le courage de prendre tout ce que j’avais. De continuer. En avant. Trouver un travail c’est difficile. Tu es maghrébine. Tu n’as pas de papiers.
Je voulais bien retourner chez moi. J’ai les diplômes. Je pourrais travailler. Mais chez nous c’est la honte. Les bouches parlent. Je reste en France pour cette raison. Si je pars c’est la mort. Les gens sont blessants. Je ne peux pas. C’est impossible. C’est la vie c’est comme ça. C’est impossible. Tout le monde tout le monde parle. On t’insulte. Je suis une femme divorcée. Si je rentre je suis sûre que je vais me suicider. Ça c’est sûr. Ma mère au Maroc ma mère est divorcée depuis quatre ans. Elle vit avec sa mère. Elle ne sort pas. Elle ne travaille pas. C’est sa sœur qui la nourrit. Je suis en contact avec elle. Au moins trois fois quatre fois par semaine je parle avec ma mère et mes sœurs.

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