- 2008-2010, à L'Étoile, Somme
- 2009, à Koudougou, Burkina Faso
- 2008-2009, aux Malmaisons, Paris
- En Thiérache du centre, Aisne
- La lettre "Et le Travail ?"
- 2005-2008, premières étapes
- Avant, en 2004, à Belfort
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Anne-Gabrielle, D. Lachaud
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ANNE-GABRIELLE J’ai d’abord rêvé d’être hôtesse de l’air Je sais pas pourquoi Belles tenues Voyages Bons gâteaux J’étais gourmande quand j’étais petite J’ai rêvé de ça J’ai rêvé J’ai rêvé Bon C’est jamais arrivé Au lieu de parler de la grossesse je veux parler des autres rêves J’étais catholique J’allais au catéchisme Le jour de ma communion j’étais très belle On m’avait rasé la tête parce que j’avais des poux J’ai mangé les gâteaux je ne voulais pas partager c’était ma fête Pendant une ou deux semaines j’étais la chouchou à la maison Je ne faisais pas la vaisselle Je n’allais pas au puits chercher de l’eau Autre rêve Je voulais être goal Gardien de but Mon frère avait un ballon (On avait une vie aisée mon père était maire-député) Mon frère m’a dit “Si tu n’attrapes pas le ballon je vais te rosser“ C’est lui qui a tiré Le ballon est passé entre mes pieds J’ai couru vers ma mère J’avais peur Après je les emmerdais tout le temps pour être goal Encore un rêve d’enfant On était dix-sept Mon père avait deux femmes Le fiancé d’une de mes sœurs était chauffeur de bus Il amenait des boîtes de sardine J’allais acheter du pain pour avoir un morceau de sardine Et quand je revenais avec le pain ils ne me donnaient rien Un jour j’ai réussi à avoir un morceau de sardine J’ai pensé qu’il me fallait un fiancé chauffeur de bus pour qu’il me ramène des choses J’ai mis ça dans ma tête Les sardines Le chauffeur A l’âge de quatorze ans je suis entrée au collège J’ai essayé d’oublier le football mais pas la sardine J’étais vraiment accro à la sardine Cinquième quatrième troisième Je suis tombée enceinte C’était l’époque où je voulais être hôtesse de l’air Je ne savais pas que j’étais enceinte Je vomissais à l’internat Je m’attendais à tout sauf à un bébé Aux grandes vacances j’ai dit à ma mère “J’ai mal au ventre“ Il y avait des eaux qui coulaient Elle m’a emmenée à l’hôpital A peine on est arrivé on lui a dit “Il y a la tête du bébé“ Elle s’est roulée par terre Ce n’était pas possible Etre enceinte l’internat les sœurs Je n’osais plus la regarder Chez nous quand une mère parle il faut regarder ses pieds Je n’osais plus la regarder du tout J’ai travaillé dans le bar de mon père pour nourrir mon bébé Puis je suis retournée à l’école L’hôtesse était toujours là dans ma tête Finalement c’est ma mère qui a gardé le bébé J’ai eu un fiancé Il fallait le bac pour être hôtesse de l’air Je n’ai pas pu Parfois quand je regarde ma fille je lui en veux de m’avoir privée de mon rêve Sinon dans ma vie j’ai été caissière au supermarché C’est ce que j’ai fait réellement dans ma vie Je l’ai fait au Cameroun puis au Gabon puis on est venu ici avec mon fiancé J’ai essayé l’esthétique ça n’a pas marché J’ai fait la caisse J’ai gardé des personnes âgées Pas parce que je voulais mais par nécessité Mes rêves d’enfance sont partis comme ça Sans papiers le travail c’est du bouche à oreille En ce moment je suis au foyer Je ne fais rien Je mange et je dors Si vous avez quelque chose dites-moi Ça fait sept-huit ans que je suis venue en France Avec tout ce que vous savez ce n’est pas facile En tant qu’émigrée ce n’est pas facile En tant que noire c’est difficile Des fois je regrette J’ai trop fait confiance On a bouffé mon argent Mes économies A partir de là ma vie a basculé complètement J’ai toujours travaillé dans ma vie J’aime pas qu’on me donne J’aime travailler moi-même Gagner mon argent Le foyer je ne savais pas ce que c’était J’ai fait confiance je me suis trompée je n’avais que mes yeux pour pleurer Je pleure encore 100.000 francs français ça ne se ramasse pas au coin de la rue Je n’ai pas envie d’habiter chez mes enfants J’ai fait ma vie J’ai raté ma vie Mes enfants sont bien dans la vie Ça me fait plaisir Je ne veux pas demander plus Ici ce n’est pas une vie Mais je ne sais pas encore ce que je vais faire
NAOMI Je suis quelqu’un qui a eu beaucoup de rêves Je voulais faire beaucoup d’études Je voulais faire un doctorat Je suis allée jusqu’à la maîtrise J’ai travaillé dans une banque Il y avait en moi quelque chose Je voulais aider les femmes Les femmes battues Les veuves Dans mon Etat au Nigéria J’ai travaillé quelques années en vendant des habits J’ai gagné beaucoup d’argent J’ai décidé de créer une association pour aider les femmes veuves qui souffrent dans mon Etat J’ai embauché deux personnes On aidait les femmes veuves à obtenir un micro-crédit (quand le mari meurt la famille les chasse et elles se retrouvent avec les enfants et rien pour les nourrir) J’ai travaillé à rassembler des fonds Je me suis dit que je devais voyager en Europe pour trouver des sponsors Ça fait partie des raisons pour lesquelles je suis venue en France En 2003 Ici je ne peux rien faire Sans les papiers Je me demande ce que je fais ici La première année l’association a continué mais là je ne peux rien faire Je n’ai pas réussi à trouver des sponsors C’est un rêve qui est ancré dans mon cœur Le problème majeur c’est les papiers Je ne peux pas bouger Je ne peux pas aller en Angleterre Aux Etats Unis Je ne peux pas bouger Je rencontre beaucoup de femmes veuves ici aussi Des femmes veuves en difficulté Peut être que Dieu veut que je m’occupe des femmes veuves C’est quelque chose de naturel C’est ce que Dieu a mis dans ma nature Ça a commencé par une camarade de collège à qui c’est arrivé aussi Quand je suis arrivée en France j’ai raconté à un nigérien ce que je faisais Il m’a parlé d’une association qui aide à monter les associations Il m’y a emmenée Une dame nous a reçu Elle s’est occupée des statuts Elle m’a demandé de constituer le bureau Finalement ils ont dit que je devais avoir des papiers pour que les statuts soient déposés à la préfecture

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