- 2008-2010, à L'Étoile, Somme
- 2009, à Koudougou, Burkina Faso
- 2008-2009, aux Malmaisons, Paris
- En Thiérache du centre, Aisne
- La lettre "Et le Travail ?"
- 2005-2008, premières étapes
- Avant, en 2004, à Belfort
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17 déc. 07, Denis Lachaud
Salaire, emploi, stress, patron… C’est angoissant le travail, pour eux, les jeunes.C’est préoccupant.Il y a les mots qui reviennent tout le temps.Les mots qui font peur. C’est le bonheur, pourtant, le travail. Va falloir leur apprendre à aimer le travail. Ils ne parlent pas beaucoup d’argent. Ils parlent de salaire mais pas d’argent. La notion de travail a évolué au cours du temps. C’est tout un monde.
Mais ils ne sont pas tristes, les jeunes. Dans ce film, il y a beaucoup d’ironie. Il y a beaucoup d’ironie dans ce qui est dit. Ils sont en seconde, ils sont jeunes, c’est loin le travail. Oui on le voit loin, le travail. Peut être qu’il n’y croient pas. Dans cinq ans. Pas avant Moi pas avant sept-huit ans.
Il y a un souci au niveau de l’orientation. Les profs, les parents et les enfants ne communiquent pas assez. Nous en tant qu’enseignants, un élève qui nous dit qu’il veut s’orienter vers une filière professionnelle, on a du mal à le laisser faire, on le pousse vers les filières classiques. On ne sait pas ce qu’il faut faire. Nous on a un fils tailleur de pierre. A quinze ans, il s’éclate dans son travail, il fait un BP métiers de la pierre, il est doué. On a envie que nos enfants fassent quelque chose qui leur permette de s’épanouir, de progresser. On n’a pas forcément envie qu’ils fassent quelque chose d’utile à la société.
Il y a des jeunes qui font des études brillantes et qui finissent chez Quick ou Mc Do parce qu’ils ne trouvent rien.
Moi je suis mariée avec quelqu’un qui travaille dans le bâtiment, c’est très dur, on a eu envie que nos enfants ne connaissent pas ces conditions. Et mon fils a fait des études pour y échapper, maintenant il est cadre dans une grosse entreprise et il se fait massacrer. Je suis coincée entre les deux.
Avant il y avait une entraide. J’ai été apprenti. Avant il y avait un maître d’apprentissage qui transmettait à un apprenti. Maintenant, après toutes ces années, j’ai un petit savoir dans mon métier. A qui je vais le donner ? On me dit qu’on ne remplace pas les départs en retraite.
On a énormément de mal à transmettre son savoir. Quand un jeune entre dans une entreprise il est pris en chage par un autre jeune plus diplômé. On forme sans transmettre l’expérience. Il faudrait laisser les anciens donner leur expérience.
Dans l’usine, les jeunes étaient mis en contact avec les adultes. Très vite. On a connu la solidarité dans le monde du travail. On échangeait des informations et s’il le fallait, on savait se défendre. Les copains qui travaillent encore disent que l’atmosphère a beaucoup changé. Mais je ne veux pas être pessimiste.
Ma mère travaillait chez Chausson. Elle aimait son travail. Ils étaient solidaires.
Ici, au Palace, on accueille un jeune en apprentissage. C’est Philippe qui est son maître d’apprentissage. Ils ont l’air heureux.
Nous on voit l’esprit individualiste en ville, au Siège. Et nous au Centre Logistique, on travaille ensemble. J’ai dix-huit ans de maison. Les jeunes qui arrivent disent qu’ils n’ont jamais vu ça nulle part.
On transmet trop de négatif. Si les jeunes ont cette image négative du travail, c’est parce qu’on la leur a donnée. Notre responsabilité en tant qu’adulte, c’est l’image qu’on donne du travail.
Moi je trouve le monde du travail extrêmement cruel. Il y a volonté de pouvoir à tous les échelons. Il y a de la douleur. Ça existe. C’est comme ça que ça fonctionne. Ce qu’il faudrait, c’est chercher comment on pourrait envisager le travail autrement.
Il faut regarder la réalité en face. On tend aujourd’hui vers l’individualité dans le monde du travail.
Moi je suis cheminot. Les cheminots on dit que c’est une grande famille. On n’est plus une grande famille pour longtemps. Il faut faire du profit. On va favoriser les heures sups pour ne pas embaucher. Ça engendre obligatoirement l’individualisme. C’est une philosophie.
Si c’est le groupe qui doit atteindre un objectif et non l’individu, on peut développer la solidarité. Faut pas être pessimiste. La solidarité reviendra dans les moments difficiles.
En milieu hospitalier, ça existe. On travaille ensemble, pour les malades. Chez les profs aussi. Pour l’instant, on connaît encore la solidarité, même si le travail est assez individuel. Pour moi, l’ambiance de travail est essentielle.
Il y a aussi le problème de durée des contrats. Avant on restait longtemps dans une entreprise. Aujourd’hui on reste moins. Certains contrats ne permettent pas de s’insérer. Et le salaire au mérite, ça aussi ça crée des tensions. On crée de la concurrence entre les gens. Dans notre entreprise, entre services on était clients et fournisseurs les uns des autres. Plus collègues. Mais je reste optimiste. C’est possible quand même. Nous on essayait de résister. On faisait notre vie de salariés ensemble. On développait de vraies amitiés. On voulait un travail bien fait. J’étais syndicaliste, aussi. J’avais confiance dans les gens.
Notre service informatique, maintenant, c’est une autre société. Ils parlent comme a des clients.
On travaille l’un contre l’autre.
Il faut préserver ou reconquérir les statuts. C’est nécessaire pour éviter le pire.
Et vous les jeunes, vous avez déjà travaillé ? Vous avez une expérience du travail ? Moi j’ai fait du baby sitting dans un hôtel. Ça m’a plu. Moi j’aide mon père quand il fait des mariages. Je fais la vaisselle. Moi je ne pars plus en vacances. Je travaille chez les gens. Je tonds la pelouse. Chez nous aussi il tond la pelouse. Son père le fait travailler.
Il faut leur donner une chose : le courage. Le reste, ça ira. Moi je dis à ma fille : “Si tu es courageuse, tu y arriveras“.
Même entre parents et enfants il n’y a plus de transmission. Maintenant le gamin il va sur internet et quand c’est pas internet c’est les jeux vidéos et si c’est pas les jeux vidéo c’est le portable. Il faut couper un peu internet. Il faut dératiser les souris. Pour payer tout ça faut travailler. Pour être stylé faut travailler. Faites le taire… Moi je vais t’habiller sur des brocantes. Arrête tes conneries. Le métier le plus dur c’est parent. On ne sait jamais si on fait bien. On se fait engueuler.
Et toi on t’entend pas. J’suis fatigué m’dame, j’avais entraînement.

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