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Et le travail ? 2004...



23 janv. 07, chronique N. Jazra

Et l’avenir ?

Chronique (complète) du café du travail du 23 Janvier 2007 en Thiérache du centre de Nelly Jazra, économiste :

La réunion se passe dans la maison familiale de Beauregard. Un bâtiment coquet en brique, bien tenu avec de larges bâtiments en annexe (photo). Education privée, laïque, complémentaire à la filière officielle. Destinée aux fils d’agriculteurs, surtout ceux qui ne réussissaient pas leur études. Ce type de formation combine théorie et apprentissage. On est loin du temps où l’on considérait ces filières des voies de garage. Ils constituent une opportunité pour la plupart des jeunes, qui y vont par « vocation ».
On a face à soi des jeunes qui savent ce qu’ils veulent et qui relèvent le défi. Ils sont étudiants en production équine (1ère année Bac pro, une formation de deux ans) et ont fait la vedette de cette rencontre. Présente aussi Marie de l’association Tactic, animatrice et partenaire de La Forge, qui connaît bien ce monde.
Il n’a pas été possible d’avoir des étudiants en production bovine, dans la même filière que les agricultrices. Ils auraient été peut-être moins optimistes.
L’appartenance des jeunes à une branche différente a permis de dégager des contradictions quant à l’avenir.

De l’optimisme d’abord
Les jeunes ont en majorité une idée claire de leur future activité : centre équestre, compétitions (concours d’obstacles, cavalier trotter ou accompagnement trot), éleveur de jeunes chevaux, entraînement des bêtes, garde à cheval, guide équestre, groomer, inséminateur, …
Une multitude de métiers dont on n’imagine pas la diversité. Deux facteurs réunissent ces jeunes :
• leur passion pour le cheval
• leur future activité basée sur un « choix » et une volonté de s’y lancer

La plupart ne sont pas issus d’un milieu agricole ou rural. Rares sont ceux dont les parents ont des élevages de chevaux. Mais ils veulent vivre leur passion. Ils veulent travailler pour eux-mêmes. «On est plus motivé ». Ils ne se rendent pas compte ou très peu des difficultés et des financements nécessaires pour se lancer dans un élevage. Ils ont fait différentes études avant d’aboutir là. On est loin de l’image de jeunes qui ne savent pas ce qu’ils vont devenir.
Ces potentiels engagés dans la production équine ou dans des activités connexes partageront-ils le même destin que les agricultrices?

D’ailleurs peut-on dire que ces activités équines relèvent de l’agriculture ? Il s’agit plutôt d’activités liés aux loisirs, qui lient le monde rural à l’urbain. D’ailleurs, comment cerner de nos jours l’agriculteur(trice) ? Ils ne produisent plus nécessairement pour l’alimentation humaine ou animale, mais aussi des matières premières pour l’énergie, s’occupent du territoire, de l’environnement, font souvent du tourisme rural, fabriquent des produits fermiers… Environ un tiers des actifs agricoles est à moins de 50%. Ils (ou elles) ont aussi d’autres occupations non agricoles.

Un horizon plus couvert pour les agricultrices
Pour ces productrices laitières, avec qui nous avons déjà eu plusieurs débats, l’avenir est à la fois moins clair et moins réjouissant. Elles pensent à leurs enfants :
Ceux qui ont des projets, ceux qui veulent faire du fromage, du marouale fromage du pays
Ceux qui ont constitué un GAEC (groupement de producteurs) pour travailler ensemble… Les jeunes sont optimistes, les moins jeunes plus inquiets.
Mais les difficultés sont là ; la laiterie risque de ne pas accepter le lait, trop d’acidose, … le travail trop contraignant, sans beaucoup d’aide, la mise aux normes pesante (elles insistent là-dessus) et surtout la « paperasserie »... Ces deux derniers points s’appliquent aussi aux élevages de chevaux.
Elles se souviennent du temps où la PAC leur facilitait la vie, avant que surgissent les pénalités. Elles n’avaient qu’à produire, sans s’occuper du reste.
Elles pensent « s’en sortir », mais ont conscience de passer par une étape difficile. Il faut « avoir beaucoup de courage, de volonté, du travail et de la persévérance ». C’est beaucoup !!!
Elles aident leurs enfants à s’installer et aussi plus tard dans leurs activités à la ferme. « Elles ont besoin de jeunes pour travailler sur les exploitations, pour rentrer dans les GAEC ». Mais si certains jeunes restent ou reviennent, la plupart voient leur futur ailleurs.

Travailler ensemble ?
On dirait aussi que les jeunes en formation n’ont pas le même point de vue et quand on leur demande s’ils voudraient s’associer. « Non, ils préfèrent travailler seuls ».
On est loin de la tradition agricole de travailler ensemble, de s’associer de s’entraider.

La société en faveur des agriculteurs
Malgré tout, les agricultrices ont l’appui de la société. Dans un sondage sur ce pensent les européens de l’agriculture (http://ec.europa.eu/agriculture/survey/2002/rep_fr.pdf): 62% répondent qu’ils sont en faveur d’un soutien (financier) à l’agriculture et 41% pensent que la PAC a rempli ses objectifs et le nombre de ceux qui pensent qu’elle garantit une production sans risque a augmenté.
Nadine pose quelques alternatives pour le futur de l’agriculture :
production de qualité
agriculture raisonnée
ou agriculture à base d’OGM (organismes génétiquement modifiés) ?
L’agriculture ne sera pas une; elle est diverse, surtout à 27 Etats membres de l’Union européenne. Elle aura des productions de qualité et des productions génériques pour l’alimentation, l’élevage et aussi pour l’énergie. Elle devra être économe en produits phyto-sanitaires et respecter l’environnement. Par contre, les OGM connaîtront une évolution plus lente, car ils n’ont pas encore fait leur preuve.
Deux éléments apparaissent importants : la place de plus en plus grande qu’occuperont les aspects environnementaux, à la fois diminution de la pollution et protection du paysage, et l’écoulement des produits agricoles vers des filières non-alimentaires où la filière énergétique domine.

Sinon, les autres grandes tendances de l’agriculture sont là et vont se poursuivre: (voir étude récente http://ec.europa.eu/agriculture/
agrista/2006/scenar2020/final_report/scenar_ch01.pdf) diminution de la MO agricole, plus de mobilité des populations, augmentation de la productivité, concentration des exploitations, déclin de l’importance de l’agriculture dans l’économie globale, légère extension des forêts, diversification des débouchés, importance des contraintes sur les agriculteurs, diversification des activités en milieu rural…
C’est sur ce dernier point que les deux groupes se rejoignent, mis à part leur amour pour les bêtes et les soins infinis qu’ils leur procurent. Le milieu rural a non seulement besoin de jeunes agriculteurs, il a également besoin de jeunes qui exercent d’autres activités. Celles-ci de par leur diversité vont satisfaire le besoin des populations urbaines, mais vont aussi animer les zones rurales.
De l’agriculture la société aura toujours besoin, quelque soit l’évolution.

Gardons aux agricultrices (teurs) leur fierté!



Lire la chronique de Denis Lachaud sur la Lettre n°12







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